commandant de Nonnancourt, nouvel attaché militaire en
Transcaucasie, télégraphie à son gouvernement : « Barrière de
la Transcaucasie pourra être rapidement franchie si Alliés ne
prennent pas mesures immédiates. La première doit être
reconnaissance de l'indépendance [des républiques
transcaucasiennes] qui produira un gros effet moral. En
Géorgie, gouvernement combattra les bolcheviks s'il est
soutenu par les Alliés, sinon i l aura recours à sa souplesse
diplomatique et croira pouvoir négocier [avec les bolcheviks]
ou bien i l sera débordé par un bolchevisme géorgien. Armée
peu sûre, insuffisamment encadrée (...) En Azerbaïdjan, le
gouvernement influencé [contre l'Entente] est hésitant. Ou–
vriers Bakou escomptent arrivée bolcheviks, les paysans, celle
de Turcs. Khalil pacha vient d'arriver à Gandja. Nombreux
féodaux collaborent avec les émissaires turcs. En l'état des
choses difficile défendre Bakou (51). »
Le maréchal Foch, informé de la situation, estime que deux
divisions sont nécessaires pour tenir le Caucase de Batoum à
Bakou. Le Foreign Office consulté répond que « la situation
existante ne permet pas à l'armée britannique de les fournir ;
aucun des Alliés n'étant disposé à envoyer les troupes, une
aide matérielle apportée à la Géorgie et à l'Azerbaïdjan ne
semble pas pouvoir mettre ces Etats en mesure de tenir contre
les bolcheviks. En cas de défaite de Denikine, i l est préférable
de se retirer que de faire face aux bolcheviks » (52). Néan–
moins, malgré ces prévisions pessimistes, le 10 janvier, à la
réunion du Conseil Suprême allié à Paris, sur les instances de
Lloyd George et de Lord Curzon qui sont partisans d'un
Caucase indépendant, i l est décidé de fournir une aide
financière et matérielle aux républiques transcaucasiennes, et
de reconnaître
de facto
leur indépendance (53). Par cet acte,
les Alliés espérent-ils contrecarrer l'intervention bolchevique
en Transcaucasie ?
Afin d'isoler la Transcaucasie de l'Entente, Tchitcherine
adresse le 2 janvier une note à l'Azerbaïdjan et à la Géorgie en
(51)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 628, fos. 186 et 187.
(52)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase, f° 189.
(53)
La Géorgie et l'Azerbaïdjan sont reconnus le 16 janvier 1920, l'Arménie le
19
janvier.
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Fonds A.R.A.M