l'Entente, adoptent une position de neutralité plutôt bien–
veillante envers Denikine.
L'envoyé du Vatican, le R.P. Delpeuch, après avoir visité
au début de l'année 1920 la Transcaucasie, fait part de ses
impressions sur la politique des Alliés. Etonné par la réserve
qu'ils observent envers les nouveaux Etats caucasiens, i l
conclut : « On n'y avait pas l'impression d'une politique
commune et cohérente de l'Entente ; cela était au détriment
de la cause commune et aussi de la force des gouvernements
locaux, de la force même contre le soviétisme (56). »
A l'aube de la deuxième année d'existence, le gouverne–
ment d'Erevan demeure en proie à des difficultés multiples. La
famine, bien qu'atténuée par l'aide américaine, fait périr plus
de 150 000 habitants et laisse des quantités de malades et
d'orphelins. En dépit des mesures prises par les autorités pour
améliorer le son des réfugiés, la situation de ceux-ci reste
précaire. La spéculation sévit, des chefs de bandes, s'affirmant
couverts par les autorités, agissent dans les villages comme bon
leur semble et provoquent de ce fait le mécontentement des
paysans qui refusent de payer les impôts et de servir dans
l'armée. C'est dans un environnement aussi pénible que le
gouvernement réussit, malgré toutes sortes des difficultés
rencontrées auprès du commandement anglais et de la po–
pulation musulmane hostile, à annexer les provinces de Kars et
de Nakhitchevan (57).
Chevki pacha, commandant la IX
e
Armée turque à Kars,
est contraint par les Britanniques d'évacuer cette ville. Avant
son départ, i l favorise la constitution autour de l'Arménie
orientale de districts autonomes musulmans en profitant du
fait que ces districts ont été abandonnés par la population
arménienne lors de l'invasion turque en 1918. Le conseil
national musulman
(
Milli Choura)
,
qui prétendait représenter
ces territoires, avait pour principal objectif d'empêcher les
réfugiés arméniens de rentrer dans leurs foyers. Cette tâche fut
confiée à des irréguliers musulmans abondamment pourvus en
(56)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 628, f° 261.
(57)
En vertu de l'article XI de l'accord d'armistice de Moudros, le district de Kars
devait demeurer, jusqu'à nouvel accord, sous administration militaire turque.
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Fonds A.R.A.M