de quelques éléments pro-britanniques enclins à traiter sé–
parément avec l'Angleterre. En septembre, i l dépêcha à Bakou
Khalil pacha, ancien commandant du corps d'armée opérant
dans le Nord de la Perse, qui se mit en rapport avec le Comité
régional bolchevik local. A la même époque, Tchitcherine
lança son célèbre appel « aux travailleurs et paysans de
Turquie », les exhortant à poursuivre la lutte contre les
impérialistes. Les contours d'une collaboration turco-soviéti-
que se dessinaient.
Cependant, pour ne pas éveiller la méfiance des Alliés,
Kemal, avec maintes précautions, fit parvenir au général
Harbord, qui se trouvait en mission en Anatolie avant de se
rendre au Caucase, une lettre démentant toute collusion entre
le mouvement nationaliste et les bolcheviks : « Quant au
bolchevisme, i l n'y a dans notre pays aucune place pour cette
doctrine. Notre religion, nos traditions, notre structure sociale,
ne sont guère propices à l'implantation d'une telle
idéologie (50). » Ayant exprimé ces réserves, qui d'ailleurs
n'étaient pas sans fondement, Kemal estimait que seule la
Russie bolchevique pouvait lui venir en aide dans la conjonc–
ture où i l se trouvait. Les contacts avec les bolcheviks allaient
s'intensifier.
A la même époque, Nouri pacha échappé à Batoum où i l
avait été détenu lors de l'occupation anglaise, se trouva à
Bakou qu'il avait déjà occupé en septembre 1918. C'est dans
cette ville que Khalil, Nouri et d'autres émissaires kémalistes
tels que Bahat Sait, Fuad Sabit, se mettront en rapport avec le
Kraïkom du Caucase, et, après le départ des Britanniques,
agiront en faveur d'une étroite collaboration turco-soviétique.
Début 1920, après les succès de l'Armée rouge sur
Koltchak et Denikine, l'ombre de la menace d'occupation
«
grand-russe » disparaît au profit des Soviétiques. Le Haut-
Commandement allié considère que la situation est sérieuse et
cherche à conjurer la menace bolchevique au Caucase à l'aide
de ce qui reste des forces de Denikine et des troupes
géorgiennes et azéries. Mais en l'absence des troupes alliées, la
Géorgie et l'Azerbaïdjan sont réticents. Le 15 janvier, le
(50)
Dumont(69), p. 168.
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