stratégiques et économiques risquaient d'être mis en jeu. Cette
rivalité permit aux Turcs de conserver presque intacts les
territoires arméniens sous leur domination malgré quatre
défaites subies en moins d'un siècle face à la Russie, défaites
qui avaient provoqué une sorte de méfiance de la part de
«
l'homme malade » devant la grande puissance du Nord.
Au début de la Première Guerre mondiale, le choix des
Turcs en faveur des Empires Centraux, notamment celui de la
fraction unioniste Enver-Talaat-Djemal, était motivé par le fait
qu'ils craignaient plus les visées territoriales de l'Entente que
celles de l'Allemagne ; cette dernière, pensaient-ils, se bornait
à rechercher des avantages économiques.
Par un accord secret conclu en avril 1916, les puissances de
l'Entente se partageaient les territoires de l'Empire ottoman :
la France se réservait la Syrie et la Cilicie, l'Angleterre la
Mésopotamie et une partie de l'Arabie, la Russie obtenait la
reconnaissance de ses droits sur Constantinople, les Dardanel–
les et la majeure partie de l'Arménie occidentale. L'effon–
drement du front russe et la révolution mirent un terme aux
ambitions tsaristes, que Lénine dénonça dans sa proclamation
du 7 novembre en ces termes : « Nous déclarons que l'accord
sur le partage de la Turquie et la "séparation" de l'Arménie
est nul. Dès la fin des hostilités, les droits des Arméniens à
déterminer librement leur destin politique seront
garantis (46). » Un mois plus tard, Lénine signait le décret sur
l'« Arménie turque ».
Cette proclamation de Lénine de novembre trouva un écho
favorable dans les milieux nationalistes turcs qui, après la
défaite de leur pays et à l'instar des bolcheviks, organisèrent
sous l'impulsion d'un de leurs généraux prestigieux, Mustafa
Kemal, la résistance contre les Franco-Britanniques.
La conjonction de ces deux mouvements de résistance
contre l'Entente victorieuse qui veut réduire le régime
bolchevik et se partager les territoires turcs, servira de pro–
drome au rapprochement, pour la première fois dans l'his–
toire, des Turcs et des Russes.
Les premiers contacts entre nationalistes turcs et bolcheviks
auraient eu lieu en mai 1919, après le débarquement des
(46)
Décrets dupouv. soviet.,
vol. I, pp. 39-41.
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Fonds A.R.A.M