troupes grecques sur les côtes d'Anatolie occidentale. Certains
historiens ont cru que Mustafa Kemal aurait eu des entretiens
avec des émissaires bolcheviks par l'entremise du Parti so–
cialiste turc
Karakol
fondé en septembre à Constantinople.
Selon d'autres sources, Mustafa Kemal aurait, lors de son
séjour à Havza, en Anatolie, entre le 25 mai et le 12 juin,
rencontré le colonel Semion Boudienny, ancien sous-officier de
l'armée tsariste, passé aux bolcheviks. Celui-ci aurait proposé
aux Turcs une aide militaire contre leur acceptation d'un
régime de type révolutionnaire. La réponse de Kemal fut
évasive : l'ordre social et religieux en Turquie n'était pas
encore suffisamment « évolué » pour une telle entreprise.
Dans une lettre envoyée le 7 juin par Husrev bey, compagnon
de Mustafa Kemal, à Kiazim Karabekir, commandant du front
oriental, le premier demandait des renseignements sur le
bolchevisme, persuadé que l'aide soviétique passait par la
bolchevisation du Caucase et l'établissement en Turquie d'un
régime favorable aux Soviets (47).
Lorsque les nouvelles de la résistance kémaliste parvinrent
en Russie, les bolcheviks y virent une sorte de prolongement de
la révolution d'Octobre. Dans un article des
Izvestia
du 23
avril, Youri Steklov considérait la révolution kémaliste comme
la première révolution d'Asie. Le 1 " mai, le Comité exécutif de
la I I I
e
Internationale dénonçait dans son manifeste la Con–
férence de la Paix de Versailles, et le même mois l'organe du
Commissariat aux Nationalités,
Jizn 'Natsional'nosteï
(
La Vie
des nationalités) écrivait : « La révolution se déplace vers le
Sud, et si le gouvernement passait aux mains des travailleurs,
le destin du Caucase serait prédéterminé. »
Peu après la révolution d'Octobre, Lénine prend con–
science du fait que les 25 millions de musulmans de Russie
sont susceptibles de contribuer à l'affermissement du pouvoir
soviétique pour peu que leur soient accordés des libertés plus
grandes allant jusqu'à l'autonomie : le 24 novembre 1917, il
lance dans ce sens un appel « aux travailleurs musulmans de la
Russie et de l'Orient », leur demandant de soutenir la
révolution, « garante des libertés nationales accordées aux
peuples de la Russie ». Deux mois plus tard, par décret du 19
(47)
Dumont (69), p. 167 ; Hovannisian (10), p. 441.
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Fonds A.R.A.M