une propagande bien séparée de la régénération de la
Russie (41) ».
En mai, à Bakou, à l'instigation des bolcheviks, grèves et
manifestations se succèdent, dirigées contre le gouvernement
moussavatiste et les Britanniques. La tentative des bolcheviks
pour mener une action commune contre Denikine avec les
mencheviks géorgiens du soviet échoue en raison des con–
ditions inacceptables posées par ces derniers.
Pris dans l'engrenage de ces conflits qui ne cessent ni à
l'intérieur ni à l'extérieur de la Transcaucasie, perdant tout
espoir de constituer un barrage efficace contre l'éventuel retour
des Russes, blancs ou rouges, influencés par les protestations
émanant des milieux travaillistes anglais contre l'occupation
prolongée en Orient, les Britanniques songent à évacuer la
Transcaucasie. Pressentis pour succéder aux Anglais, les
Italiens se dérobent. Le nouveau premier ministre Nitti,
contrairement à son prédécesseur Orlando, ne veut pas se
heurter dans l'avenir à l'hostilité des Russes et tient à préserver
les intérêts économiques de son pays après la paix.
En prévision du départ des Britanniques — les premiers
échelons quittent Bakou vers la fin août — l'Azerbaïdjan
appelle les Français à son secours. Defrance, haut-commissaire
de France à Constantinople, s'en fait l'interprète auprès du
M.A.E. : « J ' a i télégraphié à ce sujet au général Mangin à
Taganrog [E.M. de Denikine]. Si Bakou s'engage à supprimer
les secours de toute nature aux insurgés du Caucase du Nord
sous contrôle allié, Denikine donnera peut-être l'assurance [de
ne pas intervenir en Azerbaïdjan]. (...) Ce contrôle, s'il est
toutefois réalisable, permettrait de contrecarrer la pénétration
en Azerbaïdjan des officiers et des agents nationalistes turcs
pou r l esque l s les An g l a i s se mo n t r e n t t r o p
complaisants (42). »
De fait, l'Azerbaïdjan compte dans son armée de nom–
breux « instructeurs » turcs dont certains passent au Daghestan
pour aider les Montagnards contre les Russes. La Géorgie et
l'Azerbaïdjan auraient même envoyé le 5 septembre « pour la
deuxième fois, à Erzeroum, auprès de Mustafa Kemal, deux
(41)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 627, f 364.
(42)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 628, f° 71.
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Fonds A.R.A.M