politique panarménienne qui ne se justifie pas dans un
contexte purement caucasien ?
Menacés par les visées « annexionnistes » de l'Armée
blanche, l'Azerbaïdjan et la Géorgie se tournent vers les
Britanniques, dont la politique à l'égard de Denikine est
équivoque : soutenu par les Alliés, ne combat-il pas leurs
ennemis bolcheviks ? D'autre part, soucieux de protéger leurs
intérêts stratégiques et économiques au Caucase, comme
naguère les Allemands, certains hauts fonctionnaires du Fo-
reign Office ne dédaignent pas de projeter un protectorat
britannique sur la Transcaucasie. En dehors de la richesse que
représente son pétrole, la conjoncture créée par la guerre civile
en Russie leur semble fournir une occasion favorable pour
détacher la Transcaucasie de la Russie. La ligne de démarcation
établie à la mi-juin par le général Cory pour séparer les troupes
de Denikine de la Transcaucasie ne répond-elle pas à ce
dessein ? Mais, après les succès des armées blanches, celles-ci
franchissent la ligne en question, qui est révisée à leur profit.
Les gouvernements géorgien et azéri sont invités à collaborer
avec Denikine. Lord Curzon, ministre des Affaires étrangères
britannique, partisan convaincu d'un Caucase indépendant,
écrit le 4 octobre 1919 à Oliver Wardrop, son représentant à
Tiflis : « Tant que les républiques [du Caucase] persisteront
dans leur animosité contre Denikine et lutteront entre elles, i l
ne sera pas possible d'accroître notre effort en leur
faveur (40). »
Pris entre deux adversaires, Britanniques et Blancs, les
bolcheviks appellent les peuples du Caucase à se soulever
contre les deux « envahisseurs ». Un aéroplane jette sur Tiflis
des tracts en langue géorgienne exhortant les soldats et les
paysans pauvres à s'unir à l'Armée rouge « contre les généraux
noirs, Koltchak, Youdenitch et Denikine, soutenus par l'or
américain ». Mais d'après le rapport du commandant de
Nonnancourt, de la mission militaire française, « même dans
la partie de la population animée de sentiments bolcheviks,
c'est la tendance nationaliste qui domine, et c'est pourquoi les
ardents bolcheviks géorgiens tels que Makharadzé, Kav-
taradzé, Tsintzadzé et autres, limitent leur action en Géorgie à
(40)
Pipes (21), p. 216.
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Fonds A.R.A.M