Arrivé à Erevan en décembre 1919, Haskell est en proie aux
récriminations du gouvernement, la distribution de vivres
étant entièrement aux mains du Comité américain. Informé
que le gouvernement géorgien empêche les soldats arméniens
de l'ancienne armée tsariste rassemblés au Caucase du Nord de
gagner l'Arménie, et fait des difficultés pour la réception des
vivres transitant par la Géorgie, Haskell répond que ce pays
lui-même demande des secours et déclare : « C'est l'annonce
d'une politique tendant à faire chanter l'œuvre de secours
américain et à nous extorquer de la farine (38). » Et lorsque le
général Harbord, après avoir parcouru toute l'Anatolie, s'en–
tretient avec les dirigeants arméniens, l'attaché militaire
français à Erevan, Poidebard, commente cet entretien en ces
termes : « Le général Harbord est pour un mandat unique sur
la Turquie et la Transcaucasie. Pour la Géorgie et l'Azerbaïd-
jan se pose la question de la Russie. Que fera le mandataire si
la Russie nouvelle lui demande ces parties de son mandat ?
Pour l'Arménie et la Turquie, la question est moins difficile.
Le général ne croit pas que l'Arménie ait actuellement à
craindre une attaque turque, i l vient de traverser toute la
Turquie en auto et a vu très peu de soldats turcs (!), seulement
des bandes nombreuses sous les ordres de soldats turcs. (...)
Les Turcs lui ont dit avoir peur que les Arméniens, dont ils
exagèrent la force (50 000), ne passent la frontière pour
s'emparer du territoire attribué à l'Arménie à la conférence (de
Paris) (...) i l lui semble qu'une paix serait facile entre
Arméniens et Turcs (!). Le danger lui paraît beaucoup plus
grand du côté de l'Azerbaïdjan (...) le général compte parler
fermement à Bakou. » Poidebard conclut : « I l est à craindre
que le voyage rapide du général à travers la Turquie ne lui ait
donné une impression pas très exacte des forces turques. Guidé
par un chef tatare dans les régions de Bayazet à Nakhitchevan
dévastées par la dernière guerre arméno-turque (1918), i l lui
montrait les villages en ruines comme étant turcs, et les villages
turcs intacts comme étant arméniens (39). »
A la fin de l'année 1919, Harbord présenta son rapport au
Sénat qui devait se décider sur l'acceptation du mandat.
(
W)lbid.,
f° 258.
(39)
A.M.A.E.F., Europe Russie, 627, f° 326.
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Fonds A.R.A.M