présenter de volumineux rapports dans lesquels elles exposent
longuement leurs doléances et leurs revendications, chacune
empiétant sur les intérêts de ses voisines. Pour compliquer
encore le tableau, le ministre des Affaires étrangères persan,
Ali Kouli Khan, présent à Paris, demande l'annexion d'une
partie des territoires du Caucase et du Turkestan conquis par
les Russes.
Désespérés de ne pouvoir obtenir gain de cause auprès des
Alliés européens, les Arméniens se tournent vers les Etats-U–
nis, mieux disposés à leur égard et qui, depuis mai 1919,
apportent sur place leur aide généreuse à une population
affamée.
L'examen des conditions de paix avec la Turquie provoque
la mésentente parmi les Puissances alliées, chacune voulant
obtenir un maximum de concessions. Finalement, en ce qui
concerne l'Arménie, on décide de suspendre les pourparlers
avec la délégation turque jusqu'à ce que les Etats-Unis se
prononcent sur une proposition alliée de mandat américain sur
l'Arménie.
Sur l'initiative du Président Wilson, une mission explo–
ratoire en Anatolie et en Arménie est confiée au général
Harbord, et en attendant que soit réglé le sort de ce pays, le
colonel Haskell est nommé le 5 juillet Haut-Commissaire en
Arménie. L'attitude du bouillant colonel américain, qui traite
ses collègues alliés avec une certaine condescendance, est
sévèrement jugée dans le rapport adressé au président Mil-
lerand par de Martel, haut-commissaire de France au Caucase :
«
Désigné pour l'aide matérielle en Arménie, Haskell s'installe
à Tiflis. I l se croit investi d'un pouvoir sur toute la Transcau–
casie, mais en réalité finit par se limiter à superviser l'aide
fournie par le Near East Relief. (...) Cependant, les Arméniens
étaient déçus : plus de gros emprunts promis. (...) A Was–
hington on ne paraissait plus se soucier d'exercer aucun
mandat au nom de la Société des Nations et les banquiers de
Wall Street ne parlaient point de financer le nouvel État (...)
on concluait que l'aide même n'était qu'une entreprise de
caractère commercial, car le prix du blé paraissait le double de
celui acheté par les Italiens aux États-Unis pour le revendre aux
Caucasiens contre des matières premières (37). »
(37)
A.M.A.E.F., Europe-Russie, 628,
i°
161.
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Fonds A.R.A.M