rat allié, d'un État arménien indépendant comprenant la
Cilicie, Boghos Noubar conteste l'autorité d'Aharonian, qui
ne représente pour lui que la « République d'Ararat ».
Soucieuses d'éviter les dissensions à un moment aussi
crucial, les deux délégations s'accordent, sans fusionner, pour
représenter ensemble l'Arménie intégrale. Cependant, les
Alliés, bien que favorables à leurs aspirations, leur refusent
l'accès à la table de conférence. Préoccupés en premier lieu par
le règlement du sort de l'Allemagne, i l n'entrait pas dans leurs
plans — surtout en ce qui concerne la France — de démembrer
leur ancien allié, la Russie, dont une partie combattait les
bolcheviks afin d'instaurer un régime convenant mieux à leurs
intérêts.
En février 1919, à Erevan, le deuxième Congrès des
Arméniens occidentaux réfugiés en Arménie, tout en re–
connaissant la suprématie du Conseil national qui défend à
Paris les intérêts communs de la nation, décide de participer au
Parlement, pour hâter la proclamation d'une « Arménie
unifiée », démarche déjà accomplie par Boghos Noubar en
novembre 1918. Cette proclamation unilatérale, qui a lieu le
28
mai, premier anniversaire de l'indépendance, est mal
accueillie à Paris par le Conseil national de Boghos Noubar.
Conséquence de cette réaction : les populistes, qui soutien–
nent Boghos Noubar, se retirent du gouvernement de coa–
lition. Leur démission est suivie par celle des S.R. et des S.D.,
lesquels, après l'arrivée au Parlement de douze députés
pro-dachnaks représentant les Arméniens occidentaux, y
voient une manœuvre des dachnaks pour réduire encore leur
influence.
La délégation géorgienne, qui n'a pas ces problèmes, arrive
en mars à Paris. Elle est conduite par Tchkheidzé et Tseretelli.
Dans un mémorandum présenté aux Alliés, outre les territoires
sur lesquels ils exercent leur pouvoir, les Géorgiens réclament
les régions d'Olti, d'Ardahan et de Trébizonde. Toptchi-
bachev, qui représente l'Azerbaïdjan, demande pour son pays
la province de Kars et une partie des régions d'Erevan et de
Tiflis. Les trois délégations sont rejointes par celle du Caucase
du Nord conduite par Haïdar Bammate, partisan d'une
confédération caucasienne. Pendant toute la durée de la
conférence, ces diverses délégations ne cessent de faire le siège
des cabinets ministériels et des représentants alliés pour
82
Fonds A.R.A.M