La nouvelle conjoncture politique et les perspectives fa–
vorables qui en découlent placent leur gouvernement devant
des responsabilités accrues. Dans son désir de se présenter à
l'opinion comme un pouvoir reflétant les intérêts de tous les
Arméniens à l'intérieur comme à l'extérieur du pays, le
cabinet Katchaznouni est remanié en novembre 1918, en vue
de constituer un gouvernement de coalition. Mais seul les
populistes acceptent de collaborer. Le nouveau pouvoir com–
prend donc quatre ministres populistes : Artachès Enfiandjian
(
Finances), Samson Haroutunian (Justice), Mikaël Atabekian
(
Éducation), et Levon Goulian (Ravitaillement), et quatre
dachnaks qui détiennent les postes-clés : Sirakan Tigranian
(
Affaires étrangères), Aram Manoukian (Intérieur), Khatcha-
tour Kartchikian (Affaires sociales), Hovannès Katchaznouni,
premier ministre. Si les ministres populistes, qui ne manquent
pas d'expérience, réussissent à améliorer la situation dans les
domaines qui leur sont confiés, la famine continue à sévir,
engendrant désordre et brigandage. L'armée, forte de 40 000
hommes, mal équipée et mal ravitaillée, manque de cadres
nationaux et doit donc garder à son service des officiers russes
ce qui pose des problèmes de commandement qui se répercu–
tent sur le moral des troupes, et les déserteurs sont nombreux.
Le typhus sévit, qui coûtera la vie au ministre Aram Ma–
noukian dont la perte sera cruellement ressentie. L'assassinat
du ministre Kartchikian, accusé à tort de « trahison » lors de
l'abandon de Kars mais qui était en réalité un ardent partisan
de l'apaisement avec les pays voisins, augmente le malaise qui
règne dans le gouvernement. Les ministres dachnaks con–
tinuent à être dirigés en coulisse par leur Bureau, ce qui mine
l'autorité du pouvoir. Las de cette dualité et des intrigues qui
en résultent, Katchaznouni quitte la présidence sous prétexte
qu'il doit prendre la tête d'une mission chargée de chercher
des secours à l'étranger. La présidence par intérim est assurée
par Khatissian.
En Géorgie et en Azerbaïdjan, la situation économique,
bien que loin d'atteindre le niveau d'avant-guerre, est bien
meilleure que celle qui règne en Arménie. N'ayant pas subi les
rigueurs et les dévastations de l'invasion turque, disposant de
richesses naturelles importantes, les gouvernements géorgien
et azéri arrivent, malgré une hausse vertigineuse des prix, à
assurer une subsistance minimale à leurs populations.
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Fonds A.R.A.M