Le 23 septembre, sans déclaration de guerre, les troupes
kémalistes attaquent. Après des combats dans la région de
Bardiz, elles s'emparent le 29 septembre de Sarikamych.
Avant cette offensive, le général Kiazim Karabekir, comman–
dant l'armée de l'Est, a déclaré : « Le but de notre offensive est
de sauver aussi bien la pauvre population chrétienne que
musulmane de ces dachnaks qui pillent et s'imaginent pouvoir
se maintenir au pouvoir grâce à l'Entente (63). »
C'est donc sous le drapeau « anti-impérialiste » que, pour
couvrir leur agression, les Turcs ouvrent les hostilités. Les forces
en présence sont inégales. L'armée arménienne, qui compte
environ 40 000 hommes, en majorité nouvellement incorpo–
rés, répartis dans diférentes régions, ne peut opposer effec–
tivement que 17 000 combattants à 20 000 Turcs. D'après le
rapport de la Mission militaire française en date du 1"
septembre, cette armée « qui compte pourtant d'excellents
éléments, manque d'organisation et de moyens. Le comman–
dant en chef, le général Nazarbekian, réputé autrefois dans
l'armée russe, héros de Diliman, est aujourd'hui vieux et
fatigué. Dro, commandant des troupes irrégulières, est
énergique, brave, mais ne semble pas avoir les aptitudes et
l'instruction nécessaires à un chef. Les soldats font bonne
impression, mais ils sont mal habillés et insuffisamment
nourris (une demi-livre de pain par jour). Les officiers, mal
payés, font moins bonne impression que les soldats (64) ».
L'intervention militaire turque inquiète Moscou. Malgré la
décision de soutenir le mouvement kémaliste contre l'Entente
prise après le Congrès de Bakou, les Soviets ne s'attendaient
pas à une action aussi prompte contre l'Arménie, et voyaient
derrière l'action de Kemal se profiler l'ombre de l'Entente, qui
pourrait par la suite en profiter pour l'appuyer contre les
Soviets. D' un autre côté, l'Arménie ne servait-elle par les
«
intérêts impérialistes » ? Décidément, la position de Moscou
était inconfortable. La méfiance des bolcheviks est exprimée
par Lénine. Toujours hanté par l'ouverture d'un nouveau
front, i l déclare le 9 octobre à la conférence du P.C. de
Moscou : « Dernièrement, les Turcs ont attaqué l'Arménie, ils
ont l'intention d'occuper Batoum, et peut-être même par la
(63)
Sarguissian et Sahakian (60), p. 442.
(64)
A . M . A . E . F . , Russie-Caucase, 631, f 235.
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Fonds A.R.A.M