suite Bakou. Nous devons être prudents devant ces
événements (65). »
A Paris, la situation en Transcaucasie est jugée diffé–
remment. Dans ses instructions du 20 septembre à Chevalley,
nouveau haut-commissaire au Caucase, le ministre des Affaires
étrangères communique : « Les nouveaux États du Caucase sont
exposés aux entreprises du bolchevisme russe et au nationalisme
turc, d'autant plus redoutables qu'elles prennent l'une ici,
l'autre là. l'apparence plausible de servir le sentiment ethnique
et religieux. Ainsi l'Arménie, amie de l'Entente, est néanmoins
accessible au bolchevisme. Votre tâche délicate sera de fortifier
la résistance des Etats du Caucase à l'une et l'autre de ces
influences. (...) Pressée entre les attaques des bolcheviks de
Bakou et les insurgés kémalistes, l'Arménie est actuellement
dans une posture critique. Les Alliés ont commencé à lui fournir
des armes et ils continueront à le faire. (...) Les fournitures
anglaises pour l'Arménie sont arrivées le 26 juillet, la Géorgie
en a prélevé une part comme droit de passage et les contreparties
[
matières premières] prévues sont déjà réparties entre les
maisons britanniques (66). »
Quant aux Arméniens de Tiflis, indignés par la passivité de
l'Entente et la complicité supposée des bolcheviks, ils forment
des cortèges de plusieurs milliers de manifestants qui se rendent
d'abord chez les représentants des puissances alliées pour exiger
une aide plus efficace contre l'invasion turque. Puis, rassemblés
devant le bâtiment de l'Assemblée géorgienne, ils entendent la
harangue du présient Lomtadzé qui se solidarise en paroles avec
eux : « Le but de l'alliance des sauvages pachas Enver et Kemal
avec Lénine et Trotsky est de détruire successivement l'Arménie
et la Géorgie ; celles-ci doivent s'unir pour se défendre. »
Devant la mision soviétique, des cris hostiles et des sifflets se
font entendre, quand Stark, représentant intérimaire de la
République soviétique, prend la parole pour reprocher aux
dachnaks de recourir à l'Entente plutôt qu'aux Soviétiques pour
la défense de leur pays. I l est violemment interrompu à
plusieurs reprises par les cris : « Allié d'Enver et de Kemal ! »,
«
C'est honteux ! », « Ne mentez pas ! » (67).
(65)
Lénine (135), vol. 4 1 , pp. 339-340.
(66)
A . M . A . E . F . , Républiques du Caucase (1919-1920) f
o s
96-97
(67)
A . M . A . E . F . , Russie-Guerre, 653, f
o s
68-69.
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Fonds A.R.A.M