L a guerre arméno-turque
La faiblesse de l'Armée rouge, révélée par les échecs subis
en Pologne, permit à Mustafa Kemal de durcir sa position
après les exigences soviétiques de concessions territoriales en
Arménie formulées en août 1920 à Moscou. Sûr de lui, Kemal
jugea le moment opportun pour attaquer l'Arménie, persuadé
que n i les Russes occupés par leur lutte contre Wrangel et les
Polonais, ni les Alliés, divisés après la signature du traité de
Sèvres, n'interviendraient.
Le 8 septembre, à la session extraordinaire du Conseil de
Guerre, la motion de Kiazim Karabekir, commandant l'armée
de l'Est, prévoyant l'attaque en premier lieu de l'Arménie,
l'emporte sur celle d'Ismet bey qui préconise la concentration
des forces turques à l'ouest, face aux Grecs. Une victoire facile
en Arménie présenterait de multiples avantages : relèvement
du prestige de Kemal ébranlé par les revers subis en Anatolie
lors de l'avance grecque, démonstration aux Alliés de la
vulnérabilité de l'Arménie qui ne peut prétendre constituer un
Etat aux frontières prévues par le traité de Sèvres ; prise de la
plus grande partie des territoires arméniens pour placer les
Soviétiques devant le fait accompli. Au moment des négocia–
tions avec les Soviets, cela constituerait un gage précieux qu'on
ne lâcherait, comme on le verra par la suite, que très
partiellement. Mais avant d'attaquer l'Arménie, i l fallait
s'assurer de la neutralité de la Géorgie. Cette neutralité est
obtenue lors de l'entretien qui a eu lieu début septembre à Tiflis
entre les ministres géorgiens Jordania et Gueguetchkori et
Yusuf Kemal.
Bien avant le commencement des hostilités, un échange de
notes a eu lieu entre les gouvernements kémaliste et dachnak.
Le 7 juillet, les Turcs, sous le prétexte de protéger les
populations musulmanes opprimées, demandent le retrait des
troupes arméniennes sur la frontière prévue par les traités de
Brest-Litovsk et de Batoum. Dans sa réponse, le gouvernement
d'Erevan déclare que le problème des frontières sera résolu par
les Alliés ; jusque-là, ses troupes ne dépasseront pas la
frontière de 1914. Ainsi, le gouvernement arménien faisait
comprendre aux Turcs — et s'accrochait à cette idée — que
seuls les Alliés, arbitres de la situation, empêcheraient une
agression turque.
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Fonds A.R.A.M