L'ancien protégé de Radek commença par déclarer : « Les orga–
nisations révolutionnaires du Maroc, de l'Algérie, de la Tunisie,
de la Tripolitaine, de l'Egypte, de l'Arabie et de l'Hindoustan,
dont je suis le représentant, sont avec nous. » I l poursuivit en
affirmant que la Turquie, par sa lutte contre l'Entente et la Rus–
sie tsariste, avait contribué... à la soviétisation de la Russie (42).
Cette introduction d'une prétention démesurée souleva un tollé
dans l'assistance, si bien que Zinoviev fut obligé de demander à
Enver de présenter sa déclaration par écrit.
Certains délégués musulmans, émus par les massacres
perpétrés par les troupes rouges dans la région de Gandja et au
Turkestan (43) et furieux de constater que la question des
rapports entre Moscou et les nationalités musulmanes soumises
au pouvoir des Soviets était escamotée de l'ordre du jour, se
rassemblèrent autour de la mosquée de Taza Pir pour discuter.
Enver en profita pour prendre la parole et essayer de démontrer
«
que le rôle de la Russie nouvelle n'avait rien de commun avec
celui de l'ancienne Russie et que les Soviets et la I I I
e
Internationale luttaient pour délivrer tous les opprimés (44) ».
Pour apaiser la crainte des Azéris qui, cinq mois après
l'instauration du pouvoir soviétique, demeuraient toujours
sous la coupe de Kirov et d'Ordjonikidze, vrais maîtres du
pays, Enver enchaîna : « Le régime actuel de l'Azerbaïdjan
n'est que provisoire, bientôt le gouvernement sera remis à un
pouvoir local. » Mais un délégué arménien de l'Azerbaïdjan
lui reprocha de ne pas être de bonne foi et affirma qu'Enver,
massacreur d'Arméniens, savait bien « que les bolcheviks
massacrent encore plus que les Turcs (45) ». Cette interven–
tion fit une grosse impression. Curieusement, en défendant les
musulmans l'Arménien en profitait pour rappeler le rôle
d'Enver dans les massacres de 1915. Le rassemblement se
termina à la mosquée par des prières « à la gloire de l'Islam et à
sa victoire ». Narimanov s'y précipita pour mettre fin à cette
(42)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase, 653, f"
189.
(43)
En décembre
1920,
le représentant d'Ankara à Bakou déclarera que les vio–
lences exercées contre les populations musulmanes à Gandja et au Turkestan rendraient
impossible l'accord entre le monde musulman et la révolution russe (A.M A E F 634
f*
111).
(44)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase,
635,
f°
193.
(45)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase,
653,
f
194.
128
Fonds A.R.A.M