l'application effective des principes de liberté, d'égalité et de
fraternité dans la vie et non dans les seuls textes officiels. Que
les chefs révolutionnaires Radek et Zinoviev viennent se rendre
compte de ce que font dans notre pays les autorités locales dont
la politique est telle qu'elle aliène les esprits au pouvoir des
Soviets. (...) Débarrassez-nous de vos colonisateurs travaillant
sous le masque du communisme (40). »
Pour atténuer ce camouflet infligé à l'autorité des Soviets,
le communiste daghestanais Korkmassov, qui participera en
mars 1921 à la conférence de Moscou, réagit vivement : « I l
existe des classes dirigeantes, celles des princes, des khans, des
beks et des mollahs, pour se dresser contre la grande révolution
sociale et la classe pauvre des Montagnards du Caucase.
Pouvons-nous après cela prononcer des paroles comme celles
que nous venons d'entendre ? De quelles particularités peut-
on parler actuellement lorsqu'il s'agit de la révolution mon–
diale (41) ? »
Le ton des débats monta à tel point qu'il fut décidé de
n'accorder la parole qu'aux seuls représentants anglais, fran–
çais, indien et balkanique. Quelch insista sur la communauté
de lutte des prolétaires de l'Occident et des peuples de
l'Orient. Rosmer demanda pourquoi la France, qui prétendait
lutter contre la barbarie allemande, opprimait le Maroc, la
Tunisie et l'Algérie, et poursuivait encore la guerre en Cilicie
et en Syrie pour agrandir son empire d'un lambeau d'Asie.
Fasyl Kalyv, délégué indien, évoqua les souffrances de son
peuple et demanda l'aide de la République des Soviets.
Chabline affirma que les peuples balkaniques étaient autant
opprimés et asservis que ceux de l'Orient par les impérialistes
français et anglais.
Enver Pacha, qui avait eu des contacts avec Radek à Berlin
en 1919, s'y trouva à nouveau en août 1920 pour mener des
pourparlers secrets avec les Anglais. Cela ne l'empêcha pas
d'être reçu à Moscou d'où i l se précipita à Bakou pour assister
au Congrès. L'apparition de l'ancien ministre ottoman de la
Guerre suscita une vive hostilité parmi les congressistes qui
n'ignoraient pas son passé nationaliste et pantouranien.
(40)
C.R. sténographique, pp. 81-83.
(
A\)Ibid.,
pp. 84-86.
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Fonds A.R.A.M