manifestation intempestive. Enver fut rapidement rappelé à
Moscou. Deux ans après, déçu par le « lâchage » des bolche–
viks, i l se réfugiait au Turkestan où, à la tête de rebelles
basmatchis, i l tombait sous les balles des Rouges.
L'intervention du représentant de la Grande Assemblée
Nationale Turque, Ibrahim Taly, fut discrète : « La Turquie ne
combat que pour la défense de ses frontières et pour assurer la
liberté et le droit de vivre à tous les peuples. » I l s'attaqua aux
Grecs et aux Arméniens, suppôts de l'impérialisme. « Le
mouvement kémaliste, affirma-t-il, ne s'appuie pas sur la
bourgeoisie, i l est essentiellement populaire. » [Ainsi réfutait-
il l'accusation de Zinoviev sur la nature bourgeoise de la
révolution kémaliste.] Et i l conclut : « La Turquie acceptera
très franchement la main que lui tend la Russie
soviétique (46). »
Les déclarations de trois représentants turcs : Behaeddine
Chakir, Taly et Enver, firent, sur proposition de Bela Kun,
l'objet d'une résolution spéciale : tout en soutenant la lutte du
peuple turc contre l'impérialisme, le Congrès constatait que
le
mouvement révolutionnaire turc était dirigé seulement contre
les envahisseurs étrangers et non contre l'exploitation et
l'oppression des ouvriers et paysans turcs,
ce qui ne contribuait
pas à la libération de l'Orient. « Les dirigeants turcs, poursuit
la résolution, doivent démontrer par leurs actes qu'ils sont
prêts maintenant à servir les intérêts du peuple et à réparer
leurs anciennes fautes. » Une flèche est directement lancée
contre Enver : « Le Congrès estime indispensable de surveiller
l'action des dirigeants qui naguère ont conduit à la tuerie les
travailleurs et les paysans turcs dans l'intérêt d'un groupe de
puissances impérialistes (47). »
On procéda ensuite à la lecture de la déclaration de John
Reed qui, un mois plus tard, devait mourir du typhus : i l
lançait une diatribe contre l'impérialisme américain et invitait
les peuples de l'Orient « à être vigilants et méfiants à l'égard
de cette "Amérique libre" qui, en leur offrant assistance et
ravitaillement, ne visait en réalité qu ' à les subjuger. Pourquoi
les Américains offrent-ils leur aide à l'Arménie ? Est-ce de la
(46)
Sorkine (147), p p . 30-31.
(47)
C.R. Sténographique, p. 112.
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Fonds A.R.A.M