à Constantinople, télégraphiait à son gouvernement : « Les
bolcheviks paraissent avoir ajourné la réalisation de leur plan
primitif de jonction avec les nationalistes turcs à travers la
Géorgie et l'Arménie sous le couvert de l'Azerbaïdjan. S'étant
heurtés à la résistance des Géorgiens et des Arméniens, n'ayant
d'autre part pu faire établir un gouvernement soviétique en
Arménie où le mouvement bolchevik d'Alexandropol a été
facilement réprimé, ils semblent vouloir maintenant attendre
une meilleure occasion (15). »
Selon certains, si l'instauration du pouvoir soviétique en
Arménie avait été couronnée de succès en mai, cela aurait évité
en septembre la guerre avec les Turcs et aurait permis de
conserver au moins la province de Kars. Cette thèse est
plausible. D'autres évoqueront le contexte politique de
l'époque : crainte de la part des dachnaks d'être lâchés par
l'Entente à la veille de l'acceptation par les Etats-Unis du
mandat sur l'Arménie, acceptation qui, comme on l'a vu,
devait d'ailleurs être rejetée le 1
er
juin par le Sénat.
En tout état de cause, les conséquences de l'insurrection de
mai ne pouvaient être que catastrophiques. Une économie
paralysée, une armée démoralisée, l'interruption du ravitail–
lement arrivant par Batoum, tous ces facteurs ne pouvaient
qu'ébranler les fondements fragiles d'un Etat qui pourtant
conservait encore l'espoir de sortir de cette situation avec l'aide
de l'Entente.
Envoyé à l'étranger par le gouvernement pour trouver « un
fonds d'or » au profit du nouvel Etat grâce à la contribution
des communautés arméniennes, l'ancien président Khatissian
arrive fin juin à Constantinople, où i l s'entretient avec les
représentants alliés. Lors de son entretien avec l'ambassadeur
de France, i l se montre optimiste. Le mouvement révolution–
naire réprimé à Alexandropol, dit-il, n'était pas en réalité
bolchevik mais russophile, la population ignorante ayant
considéré que les Russes sont toujours nos défenseurs contre les
Turcs et les musulmans. L'armée est en bonne condition, prête
à agir si elle reçoit armes et munitions. Le moment est
favorable puisque les Turcs sont peu nombreux sur la frontière
car leurs troupes sont probablement envoyées en direction de
(15)
A.M.A.E.F., Russie-Guerre, 630, f° 255.
113
Fonds A.R.A.M