l'action insurrectionnelle, privé de moyens de communication,
le Comité militaire est acculé à la défensive, ce qui permet au
gouvernement d'organiser rapidement la répression. Confié au
chef dachnak Sepouh, un détachement de partisans en majorité
originaires d'Arménie occidentale, ce qui prouve que le gou–
vernement ne faisait guère confiance à ses propres troupes
régulières, se dirige vers Alexandropol, noyau de la résistance
bolchevique, et le 14 mai, après des combats sporadiques, les
insurgés déposent les armes.
Après avoir occupé Delijan, les partisans de Sepouh occu–
pent le 24 mai Karavanseraï qui s'est insurgé quelques jours
auparavant avec l'aide d'éléments bolcheviks arrivé de Kazakh,
localité azérie voisine. Vers la fin mai, tout mouvement
insurrectionnel est étouffé. Quinze cents insurgés environ,
réfugiés en Azerbaïdjan, tenteront en juin, avec 400 soldats
arméniens rouges amenés de Bakou, de reconquérir Karavan–
seraï, mais ils seront repoussés.
Le gouvernement dachnak a recours cette fois à des mesures
plus énergiques. La Commission créée le 8 juin pour enquêter
sur les origines de la rébellion arrête plus de 500 bolcheviks,
dont une vingtaine, parmi lesquels Allaverdian, Gharibd-
janian, Saroukhanian, Attachés Melikian et Ghoukassian, sont
passés par les armes.
On peut supposer que le gouvernement sous-estimait
l'influence des bolcheviks dans les masses populaires, imagi–
nant que leur parti, relativement peu important, ne pouvait
constituer une menace pour le régime. Mais ce n'était pas le
nombre qui était en jeu. Ce qui comptait, c'était les idées des
bolcheviks qui promettaient la paix et le pain aux masses lasses
de l'anarchie, de la corruption et de l'insécurité, comme le
faisait jadis Lénine à Petrograd.
Les historiens soviétiques arméniens imputent l'échec de
l'insurrection au manque d'organisation, d'initiative et à
l'indécision du Comité régional d'Alexandropol. En réalité, les
instigateurs de l'insurrection comptaient sur l'aide de l'Armée
rouge ; mais les effectifs de la X I
e
Armée, dispersée en
Azerbaïdjan pour combattre les moussavatistes autour de
Gandja et ailleurs, étaient loin d'être en mesure de secourir les
insurgés. Les Soviétiques, déjà engagés contre la Pologne et
l'Armée Wrangel, ne pouvaient lancer une action d'envergure
en Transcaucasie. Le 30 mai, Pelé, haut-commissaire de France
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Fonds A.R.A.M