Khousseïnov, commissaire à la Défense, demande au gou–
vernement d'Erevan de retirer ses troupes de
l'Azerbaïdjan
soviétique
[
il s'agit du Karabagh et du Zanguezour] et
d'arrêter le massacre des musulmans en Arménie (4). Cette
note est appuyée par Ordjonikidze, Kirov et Levandovski, qui
déclarent que la non-exécution de cette demande sera con–
sidérée comme une provocation du gouvernement arménien à
la Russie soviétique. Ce même Khousseïnov, lors de l'entrevue
qu'il aura avec Kirov à Tiflis, déclarera que la remise de ces
provinces (il ajoutera le Nakhitchevan) à l'Arménie discré–
ditera le pouvoir soviétique non seulement en Azerbaïdjan,
mais en Turquie et en Perse (5).
Ce n'est que le 5 mai que Lénine adresse ses félicitations
pour « la libération des masses laborieuses de l'Azerbaïdjan
indépendant », et exprime sa certitude « qu'il pourra sau–
vegarder sa liberté et son indépendance contre l'ennemi juré
des peuples de l'Orient : l'impérialisme ». Auparavant, le 29
avril, i l avait déclaré, ce qui lui semblait pour le moment être
aussi important : « Nous savons que notre industrie est arrêtée
faute de fuel, nous venons d'apprendre que le prolétariat a pris
le pouvoir à Bakou. Cela signifie que nous disposons main–
tenant d'une base économique telle qu'elle peut permettre le
fonctionnement de toute notre industrie (6). »
Bien que le régime de « communisme de guerre » ne fut
pas totalement appliqué en Azerbaïdjan au début de l'ins–
tauration du pouvoir soviétique et que le petit commerce restât
libre jusqu'à fin juin, les réformes introduites par le Sov-
narkom dans le domaine administratif et économique, comme
cela avait été le cas pendant la Commune de Bakou,
provoquèrent le mécontentement des classes moyennes et de la
partie aisée de la paysannerie. La prise de Bakou ne mit pas fin
à la résistance des moussavatistes en province, notamment dans
la région de Gandja, qui fut sévèrement réprimée en juin.
Resté au Karabagh, Nouri pacha fomente des troubles, occupe
Choucha et arrête le Revkom local, tandis que Djemal pacha, à
la tête des irréguliers musulmans, attaque les détachements
rouges à Astara et à Lenkoran.
(4)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase, 629, f° 151.
(5)
Khatchapouridzé (105), doc. 608, p. 614.
(6)
Lénine (149), vol. 40, p. 332.
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Fonds A.R.A.M