Le 5 mai, à la conférence des organisations bolcheviques de
Bakou à laquelle prennent part Kirov, Ordjonikidze et
Mikoyan, arrivés avec l'Armée rouge, i l n'est question que de
combattre la contre-révolution. « Les fuyards beks, khans et
capitalistes, affirme Ordjonikidze, ont décidé de ne pas céder
sans combattre le pouvoir aux ouvriers et aux paysans et de
poursuivre le combat en province (7). » En Azerbaïdjan, cite
de Martel dans son rapport au M.A.E., « le mécontentement
contre l'Armée rouge est général et déjà des soulèvements
sanglants ont eu lieu. Khankhoïski, ancien président de la
République d'Azerbaïdjan, réputé honnête homme, venant
de Bakou d'où i l s'est échappé, est venu spécialement me voir
et m'a déclaré que le moment était extrêmement favorable
pour exploiter le mécontentement populaire contre les
bolcheviks et en même temps pour ruiner l'influence turque
en Azerbaïdjan : on rend en effet la politique turque respon–
sable de la mésaventure actuelle (8) ». De fait, le rôle joué par
les émissaires turcs comme Khalil pacha et par le Parti
communiste turc à Bakou pour aider les bolcheviks à s'installer
en Azerbaïdjan ne fut pas négligeable. Ce rôle est apprécié
ainsi dans un rapport adressé par Ordjonikidze et Kirov à
Moscou. Dans l'esprit de ces Turcs, l'arrivée de l'Armée rouge
en Azerbaïdjan devait porter un coup à l'ennemi commun,
l'Entente, et contribuer à une collaboration plus effective entre
la Turquie et les Soviets. A la fin du mois de juillet, toute
résistance sérieuse en Azerbaïdjan fut liquidée par l'Armée
rouge, et le régime bolchevik consolidé par la conclusion le 30
septembre d'un traité d'alliance économique et militaire avec
la R.S.F.S.R.
Pendant que les bolcheviks occupaient l'Azerbaïdjan, le
régime soviétique était à nouveau menacé. Dans la dernière
tentative d'intervention alliée, la France pousse à l'offensive le
général Wrangel qui a succédé à Denikine, découragé par sa
défaite. En Pologne, Pilsudski, qui compte sur l'appui des
Français, déclenche une attaque foudroyante contre les
bolcheviks et entre à Kiev le 7 mai. Ces offensives arrêtent
toute expansion des Soviets en Transcaucasie. Ils préfèrent
(7)
La vict. dupouv. soviet, en Transe.
(135),
p. 427.
(8)
A.M.A.E.F., Russie-Caucase, 630, P 55.
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Fonds A.R.A.M