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Si véritablement la Porte désire un apaisement général, comment se fait-il que
Loufti Pacha, qui a montré un peu d'énergie à Aïntab, soit disgracié, que le boucher
Houssein Pacha soit renvoyé à Orfa après un simulacre d'enquête, qu'Aniz Pacha soit
toujours vali de Diarbékir, qu'aucun des coupables ne soit puni n i même recherché,
qu'aucune mesure ne soit prise en faveur des chrétiens qui ont été forcés d'embrasser
l'islamisme ?
Ce n'est pas en vain qu'on surexcite le fanatisme musulman, qu'on fait appel aux
mauvais penchants des masses, qu'on encourage le pillage et le brigandage : à Marach,
jamais aucun antagonisme n'avait existé entre les musulmans et les chrétiens qu i ,
fait unique dans l'Empire ottoman, n'avaient qu'un seul cimetière où ils enterraient
leurs morts en commun et où les convois funèbres chrétiens et musulmans se ren–
contraient chaque jour sans qu'aucune injure fût échangée; j ' a i visité jadis Orfa, B i –
redjik, Diarbékir, et je n'avais pas entendu dire que les chrétiens y fussent en dan–
ger : aujourd'hui, toutes ces localités sont à peu près inhabitables pour les chrétiens
indigènes ; les Européens eux-mêmes n'y seraient peut-être pas en sûreté et la présence
d'un nombre considérable de convertis qui cherchent à émigrer et n'attendent qu'une
occasion favorable pour se déclarer chrétiens y constitue un danger permanent.
POGNON.
N° 177.
M . POGNON, Consul de France à Alep,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française, à Constan–
tinople.
A l e p , le
i5
j u i l l e t 1896.
A Aïntab, la situation continue à être déplorable. Une épouvantable panique a eu
lieu le
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juillet et les chrétiens fermèrent leurs boutiques et prirent la fuite. Cette
panique a été causée, parait-il, par l'attitude de deux quartiers musulmans qui
voulaient recommencer le pillage, ce qui n'empêcha pas le kaimakan d'arrêter
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Ar–
méniens coupables, d'après l u i , d'avoir par leur fuite causé la panique.
POGNON.
N° 178.
M . POGNON, Consul de France à Alep,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française, à Constan–
tinople.
A l e p , le 10 novembre 1896.
Je viens d'apprendre que des jeunes filles arméniennes enlevées
À
Diarbékir, à
Orfa et dans les localités où ont eu lieu les massacres se vendaient, depuis quelques
semaines, presque publiquement à Alep dans le quartier de Bab-Nérab.
Fonds A.R.A.M