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Plusieurs assauts dirigés contre Tchekmerzem furent repoussés avec grande effusion
de sang de part et d'autre. Alors, les Musulmans, devant l'énergie de la défense qui
éclaircissait leurs rangs, résolurent de faire le siège de la place, tandis que
2 0 0
sol–
dats turcs, campés sur la même ligne que leurs coreligionnaires, assistaient impas–
sibles au drame sanglant qui se déroulait sous leurs yeux.
Le 1
5
,
je portais ces faits à la connaissance de notre gérant d'Alep.
Le 1 7, au matin, un croiseur américain,
le Marblehead,
en station depuis quelques
semaine à Mersine, se dirigeait sur Payas.
C'est le mercredi
2 0 ,
seulement, une heure avant la réception du télégramme de
Votre Excellence, que le Commandant du
Marblehead,
après une première tentative
infructueuse, est parvenu à se faire remettre ses compatriotes. Ils l u i furent envoyés
sous l'escorte de
2 5
hommes, de Payas à Alexandrette, par les soins du Commandant
des troupes campées à Tchekmerzemet dont le chiffre se montait alors à
8 0 0
hommes
environ. Cette force armée, appuyée de
6
pièces de montagne, continuait à de–
meurer inactive; je tiens le fait de deux Musulmans de Payas; i l m'a été confirmé
depuis par d'autres témoignages.
Le
2
1 ,
les autorités turques firent savoir aux Arméniens assiégés dans Tchekmerzem
que s'ils ne livraient pas leurs armes dans un délai de trois heures, les troupes se
joindraient aux autres Musulmans pour donner l'assaut définitif. Ceux-ci répondirent
qne « n'étant pas révoltés contre le Gouvernement de S. M . I . le Sultan, mais seule–
ment forcés de se défendre contre les hordes qui les avaient attaqués, ils seraient
disposés à se dessaisir de leurs moyens de défense si l'on désarmait simultanément
leurs agresseurs ».
Cette proposition une fois agréée, ils se rendirent aux troupes qui se rappro–
chèrent des portes du village ; mais la condition principale de leur reddition est
restée à l'état de lettre mor te , car les Musulmans, toujours armés, continuent à cerner
le village et à exterminer ceux qui tentent de s'en écarter aux cris de « Vengeance
contre les meurtriers de nos frères ».
A l'heure actuelle et après les événements violents qui se sont déroulés à deux
pas de nous, i l règne dans le pays un calme relatif; j'ajoute que pour voir cette
accalmie se transformer en sécurité réelle i l conviendrait, à mon avis, d'obtenir du
Gouvernement impérial que la population, tant de la ville que de la campagne, fût
désarmée incontinent, sans distinction de religion. La pression locale que nous pour–
rions, mes collègues et mo i , exercer dans ce sens sur un gouverneur sans police et
sans gendarmes, serait de nul effet, tant que l'ordre de procéder à un désarmement
immédiat et impartial, j'insiste sur cette dernière condition, ne viendra pas de plus
haut.
LONGEVILLE.
P. S.
—
J'apprends à l'instant que les habitants de Kessab, village arménien des
environs d'Antioche, sont cernés depuis plusieurs jours par les troupes régulières et
menacés d'être exterminés s'ils ne livrent pas leurs armes en se rendant à discrétion.
Fonds A.R.A.M