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On ne saurait trop louer l'énergie, la présence d'esprit et le courage dont le Vali a
fait preuve dans cette circonstance : c'est à son initiative cpae l'on doit attribuer
toutes les mesures prises instantanément et simultanément ; i l a lui-même parcouru
les rues pendant toute la nuit jusqu'au matin et veillé personnellement à l'exécution
de ses ordres. I l n'y a qu'une voix pour reconnaître que Tewfik Pacha a préservé la
ville d'un grand danger.
La répression énergique, dont les émeutiers de profession et les gens malinten–
tionnés ont été l'objet, la conduite élogieuse de la force armée, l'arrestation de p l u –
sieurs Musulmans ont produit sur l'esprit de la population chrétienne les plus heureux
effets, et aussi, je veux bien le croire, le plus salutaire exemple sur l'esprit des
Musulmans qui pensaient pouvoir, dans l'avenir, j ou i r de l'impunité ; aussi la con–
fiance est-elle revenue immédiatement, car dès le lendemain les magasins étaient
ouverts comme d'habitude et chacun vaquait à ses occupations.
GUILLOIS.
X I I .
D I S T R I C T D ' A L E X A N D R E T T E .
(
NOVEMBRE 1895. — OCTOBRE 1896.)
IN° 1 6 3 .
M. A.
DE LONGEVILLE,
Vice-Consul de France à Alexandrette,
à M . P.
CAMBON
,
Ambassadeur de la République française
à
Constan–
tinople.
Alexandrette, 22 novembre
i8g5.
Le
11
de ce mois, les villages arméniens d'Odjakli et d'Lzerli situés aux environs
de Payas ont été, sans provocation aucune de la part des habitants, pillés et incendiés
par des Musulmans appartenant aux villages voisins, secondés dans l'accomplissement
de cette œuvre de destruction par les Turcomans qui habitent les montagnes du
golfe d'Alexandrette et quelques bandes de Kurdes et de Circassiens, venus on ne
sait d'où dans l'espoir du pillage.
La nuit précédente, un gros de ces fanatiques attaquait le hameau de Bournaz
et le livrait aux flammes après y avoir grièvement blessé deux Arméniens, les nommés
Havic et Yacoub, et assassiné un grec, Yanni Critikos ; ce dernier a été cruellement
mutilé.
Dans la journée du
12 ,
les Musulmans, après avoir pillé et incendié, au hasard de
leurs instincts fanatiques, des fermes isolées au nombre d'une trentaine, ce qui n'eut
pas lieu sans amener quelques meurtres, se ruèrent en masse, 3,ooo environ, sur
Tchekmerzem, gros bourg arménien, situé à trois quarts d'heure de Payas, où près
de
6 , 000
chrétiens réfugiés organisaient une résistance désespérée contre les bandes
qui saccageaient la campagne.
Fonds A.R.A.M