ces terribles journées, lodépendamment des sept cents élèves, garçons et filles, qu'ils
ont consignés chez eux, ils ont donné asile à plusieurs familles qui sont allées imp l o –
rer leur protection ; ils ont eu à loger, à nourrir tout ce monde pendant plusieurs
jours, et à secourir de nombreuses infortunes en ville qui ont absorbé leurs modiques
ressources.
Le Mutessarif de Césarée, Eumer Chelki Bey, a été destitué par le Sultan ; sa con–
duite a été sévèrement blâmée par les fonctionnaires, les notables Musulmans et par
l'opinion publique en général à Angora,
GUILLOIS.
1 6 2 .
M . Al ph . GUILLOI S , Vice-Consul de France, à Angora,
à
M . DE LA BOULINIÈRE,
Chargé d'Affaires de France, à Constantinople.
Angora, 20 septembre 1896 .
Vendredi dernier, vers 8 heures du soir, le feu prenait à un monceau d'herbes
et de paille dans la cour d'une maison turque inhabitée, sise dans un des quartiers
musulmans dit
Hadji-Bairam,
où se trouve également la mosquée de ce nom.
Aussitôt trois coups de revolver partaient d'une maison voisine. Au bruit de ces
coups de feu, un soldat d'un poste à proximité invite ses camarades à prendre les
armes et à sortir ; i l est immédiatement désarmé et conduit en prison pour avoir pris
une initiative qui ne lui appartenait pas.
A peine les détonations étaient-elles entendues, que trois à quatre mille Musul–
mans, armés de poignards et de bâtons, se trouvaient réunis au lieu de l'incendie et
que d'autres fanatiques s'étaient répandus dans les rues plus éloignées, criant : « Les
Arméniens ont mis le feu à notre mosquée de Hadji-Baïram ; massacrons les Armé–
niens! »
Les mesures d'ordre et de police prises déjà depuis quelque temps par notre vali
Tewfik Pacha n'ont heureusement pas été inutiles dans cette circonstance : en effet,
toute la troupe, la police et la gendarmerie ont été mises instantanément sur pied et
les précautions les plus rigoureuses adoptées ;da force armée a occupé les extrémités
des rues, empêchant les Musulmans de passer, sous menace de faire f eu ; les issues
de la ville ont été gardées afin de ne permettre à personne d'entrer ou de sortir ; en
même temps, les gardiens des quartiers (hekdgis) recommandaient aux Chrétiens de
ne pas quitter leurs demeures, et les officiers et les soldats exhortaient la population
musulmane dans les rues, « au nom du Sultan », à ne commettre aucun désordre.
Toutefois, parmi les quelques Chrétiens qu i , pendant ces événements, se sont
trouvés dans les rues, douze ont été blessés, huit Grégoriens et quatre Catholiques ;
deux des blessés ne survivront pas à leurs blessures. Cinq Musulmans poursuivaient
un Chrétien au moment où une patrouille passait ; sommés de s'arrêter, ils prirent la
fuite ; mais l'officier qui commandait le détachement tira sur l'un d'eux et le tua.
Fonds A.R.A.M