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I l n'en est pas moins vrai que la masse des Kurdes est hostile à l'élément chrétien
représenté par les Pères. Ceux-ci, se sentant menacés à tout moment dans leur exis–
tence , en arriveront forcément à quitter le pays s'ils ne trouvent dans les autorités
locales une protection sérieuse.
Quant aux dommages matériels causés aux chrétiens dans les derniers événements,
j'ai constaté, par une enquête, qu'à Akbès même, pendant que les chrétiens étaient
réfugiés au couvent, on avait pillé dix de leurs maisons.
A en juger par l'empressement que les autorités et les notables musulmans du pays
ont mis à venir me voir, je crois, que ma présence à Akbès a produit l'effet le plus
utile.
C'est du moins ce que m'ont affirmé les supérieurs de nos couvents, mieux à
même que mo i d'en juger.
SUMMARIPA.
N° 157.
Le
Pi.
P. ETIENNE, Prieur de la Trappe du Sacré-Cœur,
à M. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
Cheikhlé-Akbès, 17 avril 1896.
Votre Excellence a dû apprendre, par l'entremise de nos Consuls, les dangers
qu'avaient courus nos deux monastères de Cheikhlé et d'Akbès, du dimanche
22
au
jeudi soir
26
mars et comment, par un concours de circonstances tout à fait provi–
dentielles, nous en avions été préservés.
I l est certain que si le mouhassabadji de Djebel-Béréket, Mohammed Moukhtar
Effendi, ne s'était pas trouvé en tournée aux environs d'Islahich, les Kurdes auraient
pillé nos monastères le mardi
2
!\
mars et nous auraient massacrés.
D'un autre côté, i l est indiscutable encore que si S. Exc. Khayri Bey, mutsaret de
Cjebel-Bereket n'était pas arrivé à Akbès le mercredi soir
2
5
mars, les Kurdes,
revenus encore plus nombreux, auraient mis à exécution le sinistre dessein qu'ils
avaient formé de nous piller et de nous massacrer.
Le mouhassabadji se trouvant à Isluhich, c'est-à-dire à quelques heures de chez
nous, a pu arriver à temps avec des zaptiés. S. Exc. le Mutsaref de Djebel-Béréket,
était heureusement à Païas. I l a pu prendre
2 00
soldats et par une marche forcée à
travers la montagne sous la pluie, dans la neige, par des chemins à peine praticables,
arriver aussi à temps.
Ce concours de circonstances toutes providentielles se représentera-t-ilà l'occasion?
Nous ne sommes pas rassurés sur l'avenir.
On a pu , Monsieur l'Ambassadeur, préparer un tel attentat, convoquer des milliers
de Bachibouzouks de tant de côtés différents et éloignés de dix heures de marche
d'Akbès, sans qu'aucun Musulman, quoiqu'ils en fussent tous informés, ait trahi le
secret.
Fonds A.R.A.M