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«
piller Akbès et Gheikhlé ». Le
18
mars, je l'avisais encore par écrit de troubles dans
cette région signalés par l'Ambassade.
«
Pour mo i , lui dis-je, tous ces précédents sont autant d'indices me permettant d'af–
f i rme r
la complicité des Beys en question dont je vous ai demandé l'éloignement
sans avoir pu l'obtenir encore et même celle du Raimakan, le parent et l'appui des
agresseurs », et j'insistai de nouveau pour leur éloignement, mais je me heurtai au
parti pris du Vali depuis le commencement des événements de toujours temporiser,
de ne jamais sévir contre les coupables. « Ces gens, me d i t - i l , sont peut-être cause que
les Kurdes se sont retirés sans effusion de sang. Pour les eviler, i l faudrait une
enquête approfondie. »
Je
l u i demandai du moins de donner des instructions formelles aux nouveaux Ka i -
makans pour assurer à l'avenir la sécurité'des localités heureusement préservées cette
fois-ci. Je réclamai en outre le renfort de la garnison d'Akbès pour parer à de nou–
velles éventualités.
Le lendemain, j'avais le plaisir d'apprendre, par un télégramme du Père Etienne,
que le pillage d'Akbès, concerté une première fois pour la fin de décembre, avait de
nouveau avorté grâce à l'arrivée de Mutessarif avec des renforts. I l me priait d
'
en
remercier le Vali, ce que je fis aussitôt, bien que le mérite de la pacification me
parût appartenir surtout au Mutessarif dont nos missionnaires se sont toujours loués.
J'aimerais à croire qu
'
en
ce qui concerne
ce
vilayet la période des massacres et
pillages touche à sa fin, mais jusqu'à présent nul exemple de répression sévère n'a
fait pénétrer dans l'esprit des Musulmans cette idée que les attentats à la vie, à la
conscience, à la propriété des Chrétiens étaient des crimes auxquels une sanction
pénale était attachée. Tous les coupables de Tarsous ont été relâchés. Si , comme me
l'a affirmé le Vali, 1 3 Kurdes ont été arrêtés à Akbès, i l serait à souhaiter qu'ils
fussent jugés immédiatement et punis
en
exécution d'ordres supérieurs, car, à défaut
de ces ordres, le Vali, qui prétend que ces Kurdes étaient des fugitifs, cherchera à
les relaxer indemnes de toute punition.
A. SUMMARIPA.
29
mars.
P. S.
Le courrier de ce jour m'apporte la lettre du Père Etienne, dont la copie
suit :
Cheikhlé,
26
mars
1896.
I> heures m a t i n .
MONSIEUR LE CONSUL,
Je vons confirme ma dépêche. Nous venons de passer trois jours et trois nuits bien
tristes, entourés, assiégés par d'innombrables Bachibouzouks, Kurdes et Turcs.
Le Gouvernement a fait son devoir avec énergie, sans cela nous étions perdus,
surtout Akbès. En attendant que je vous envoie un rapport, i l faut remercier le Vali
d'Adana de ce que le Gouvernement a fait pour nous et nos Chrétiens.
Le Mutessarif de Yarpouz, que j'avais fait avertir et qui se trouvait à Païas, est
arrivé hier à Akbès, à
6
heures du soir, traversant la montagne malgré la neige. Je
Fonds A.R.A.M