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m'est confirmée par notre" agent à Alep, qui attribue les troubles à une rixe entre
musulmans et chrétiens. L'ordre serait rétabli, d'après la Porte, et on aurait restitué
les objets pillés à leurs propriétaires. Je n'ai pas d'autres détails. Je télégraphie à
l'amiral pour le prier d'envoyer le
Faucon
à Alexandrette.
P. CAMBON.
X.
É V É N E M E N T S D ' A K B È S - C H E I K L É .
(
Décembre i 8 5 } 5 - Ma i s 1896.)
N° 140 .
M.
DE LONGEVILLE ,
Vice-Consul de France
à
Alexandrette,
à M. P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople,
Alexandrette, le 6 décembre 1895.
Je demande à Votre Excellence, sur les instances réitérées de la colonie, qu'un
navire de guerre nous soit laissé ici en permanence.
Cette mesure est rendue indispensable par la gravité de la crise que nous t r a –
versons et par la nécessité de faire sentir à qui de droit qu'au besoin nous serions
en mesure de protéger, avec notre colonie et notre école d'Alexandrette, les mi s –
sions si importantes des Pères Trappistes et Lazaristes d'Akbès, établis à environ
dix-huit heures d'ici, presque sur la route d'Aïntab à Payas, zone fort dangereuse
depuis les derniers massacres.
Quant à Alexandrette même l'esprit de la troupe et de la population musulmane
y est des plus mauvais. 11 ne saurait, d'ailleurs, en être autrement avec la liberté de
langage qui est tolérée aux soldats plus ou moins réguliers de passage dans notre
port. Ces gens-là, qui viennent pour la plupart de Marasch et d'Aïntab, où ils ont,
de leur propre aveu, pris part aux massacres, ne se gênent pas pour faire voir en
public, sur la place de la Douane, des objets provenant du pillage et pour dire, en
tirant du fourreau leurs sabres encore rouilles de sang, « qu'ils peuvent se vanter
d'avoir bien travaillé dans l'intérieur ».
Le colonel commandant la place a avoué confidentiellement à des personnes
dignes de foi qu'il n'était pas sûr de ses hommes et que ceux-ci ne cessaient de l u i
répéter :
«
Vous nous avez appelés sous les armes ? Pourquoi faire ? Laissez-nous en finir
une bonne foi avec tous ces ghiaours (infidèles), ou renvoyez-nous dans nos
foyers. »
Les officiers eux-mêmes semblent prendre à tâche de faire naître des désordres;
hier i l y a eu dans un restaurant deux rixes provoquées par leur arrogante brutalité
Fonds A.R.A.M