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et, pour assurer le libre retour à leur religion des chrétiens convertis de force,
l'éloignement de cette localité des redifs, qui jettent la terreur autour d'eux.
Nous apprenons aujourd'hui que le renvoi des redifs est décidé, que le Sultan
propose l'envoi à Biredjik de cette même commission qui vient de terminer l'enquête
sur le meurtre du Père Salvatore. Nous sommes d'avis d'accepter cette solution.
P. CAMBON.
N °
1 2 6 .
M . POGNON, Consul de France à Alep,
à M. P . CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
A l e p , le 11 j u i l l e t 1896.
Ainsi que le sait Votre Excellence, les chrétiens de Biredjik qui ont échappé à la
mort ont été forcés d'embrasser l'islamisme ; les femmes se sont un jour réunies et
sont venues trouver M. Fitz-Maurice pour déclarer qu'elles étaient chrétiennes et
voulaient pratiquer librement leur religion ; quelques heures après, les hommes en
firent autant, mais lorsque M . Fitz-Maurice s'adressa à la commission chargée par le
Gouvernement turc de régler la situation des convertis, i l l u i fut impossible de rien
obtenir et la commission prétendit n'avoir pas encore reçu d'ordres de Constanti–
nople. Les choses en sont là; la population musulmane montre une hostilité de plus
en plus violente et, comme M. Fitz-Maurice ne pourra pas rester indéfiniment à B i –
redjik, i l est à craindre que son départ ne soit le signal du massacre des chrétiens
convertis qui restent à Biredjik.
La situation actuelle des milliers de chrétiens qui ont dû embrasser l'islamisme
pour échapper à la mort constitue, à mon sens, un danger permanent. I l faut que l'en–
tourage du Sultan soit aveugle pour s'imaginer que ceux qui ont prononcé, le couteau
sur la gorge, la formule : « I l n'y a pas de Dieu si ce n'est Di eu , et Mahomet est son
prophète » sont réellement devenus musulmans et que le
statu quo
pourra être main–
t enu ! Qu'un commissaire européen, qu'un consul ou même qu'un voyageur de dis–
tinction passe par un village, et tous les nouveaux convertis viendront en masse se
mettre sous sa protection et se déclarer chrétiens. Que compte-t-on faire pour pro–
téger ces malheureux et pour empêcher de nouveaux massacres ?
POGNON.
N °
1 2 7 .
M . POGNON, Consul de France à Alep,
à M . P. CAMBON, Ambassadeur de la République française à Constan–
tinople.
A l e p , le i 5 j u i l l e t 1896.
Je viens d'apprendre que la Sublime Porte a envoyé l'ordre de remettre les églises
de Biredjik aux chrétiens et de permettre à tous ceux qui ont été forcés d'embrasser
Fonds A.R.A.M