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Les rapports de M. Fitz-Maurice m'ont été communiqués par mon collègue d'An–
gleterre.
Le rapport sur les événements d'Ourfa confirme mes renseignements et est
empreint d'un cachet de vérité et d'impartialité qui rend encore plus saisissante
l'impression que font éprouver ces tragiques événements. M. Fitz-Maurice estime le
nombre des morts pour la ville seulement à
8 , 0 0 0
ou
1 0 , 0 0 0 ;
le nombre des con–
versions forcées de 4oo ou 5oo ; tous ces convertis, d i t - i l , ont agi sous le coup de
la menace et de la conviction qu'il n'existait plus de sécurité pour un Arménien pro–
fessant ouvertement la foi chrétienne; ils sont considérés et traités comme des mu–
sulmans aussi bien par les fonctionnaires que par la population.
AB i r ed j i k , l'enquête a établi que ceux-là seuls qui se sont convertis à* l'islamisme
ont été épargnés. Les Arméniens devenus musulmans ont dû faire de leur église une
mosquée pour prouver la sincérité de leur conversion; ils portent le turban, se
montrent très zélés à la mosquée et savent que, s'ils ne déclarent pas s'être faits mu –
sulmans de leur plein gré, ils sont en danger.
La tâche de M . Fitz-Maurice était particulièrement difficile, malgré les assurances
données par les commissaires turcs que quiconque voudrait retourner à son ancienne
foi serait protégé. Les notables qu'il a interrogés ont pu , par leurs déclarations, l u i
laisser l'impression que les nouveaux convertis retourneraient, s'ils n'avaient pas peur,
à la religion chrétienne, mais tous ont dit vouloir rester musulmans pour le moment.
Le nombre des Arméniens devenus musulmans à Biredjik, Ehnesh, Jibin et Nisib,
atteint
2 , 800
âmes.
A Adiaman, les conversions ont été de quelques centaines pendant les massacres,
mais le nombre des convertis s'est peu à peu réduit; dans les environs, sous la pression
des aghas kurdes, i l y a eu plus de
8 0 0
conversions.
A Severech, dans le vilayet de Diarbékir, M . Fitz-Maurice a constaté que la popu–
lation syrienne avait été frappée autant que la population arménienne, et que souvent
le choix avait été donné aux chrétiens entre la mort ou la conversion à l'Islam.
I l y aurait eu
2 0 0
conversions environ.
Au total, pendant le cours de sa mission, le vice-consul a noté : dans le district
de Biredjik 4,3oo conversions, à Ourfa 5oo , à Severech
2 0 0 ,
à Adiaman et
aux environs
9 0 0 ,
plusieurs centaines enfin à Albislan et dans les environs de
Marache.
Tous mes collègues ont eu comme mo i connaissance de ces faits. Nous avons décidé
qu'd y aurait lieu de chercher un remède à cette situation et reconnu en même
temps la nécessité d'agir avec prudence pour ne pas aggraver le sort des chrétiens
dont nous voulons protéger la liberté de conscience. Le fanatisme des populations de
l'intérieur est une force qui ne raisonne pas, ne connaît pas de limites à ses exigences
et ne se soumet pas aux règles qui sont imposées par la loi musulmane pour l'admis–
sion de tout nouveau converti. Nous avons donc pensé qu'il fallait étudier, d'accord
avec la Sublime-Porte, les mesures à prendre et nous avons chargé Sir Philip Currie
de ce soin.
Dans une réunion des Ambassadeurs, i l a été convenu que Sir Ph. Currie, ayant pris
l'initiative de l'enquête, ferait une démarche auprès de la Porte et que ses collègues
l'appuieraient. I l a demandé l'envoi à Biredjik' de fonctionnaires délégués du Sultan
Fonds A.R.A.M