LES TURCS ONT PASSE LA..
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haine de l'arménien s'accrut encore. La panique
gagna toute la ville. Les arméniens qui s'étaient la
première fois réfugiés dans les maisons grecques,
convaincus que le quartier arménien était bien gardé,
se sont précipités en masse dans les maisons, les
églises et les écoles de ce quartier.
Plusieurs d'entre eux ont été accueillis chez les
frères Tripani et Siméonoglou ainsi que dans la
fabrique de tabacs, et plus de 1.000 ont trouvé asile
chez Husséïne Danim Bey, commandant d'Adana
dont la conduite fut au-dessus de tout éloge.
La journée s'écoula sans incident. Au coucher du
soleil, ceux qui l'arme au poing s'étaient réunis
devant le fleuve pour empêcher la prétendue invasion
des Arméniens, des environs, ne les voyant pas
venir, se dirigèrent vers'le dépôt de pétrole dont ils
enfoncèrent les portes. Après s'être muni d'une
grande quantité de bidons, ils se rendirent au quartier
arménien, et ayant arrosé de pétrole toutes les mai–
sons ils y mirent le feu.
Qui pourra jamais décrire l'horreur tragique d'une
telle scène !
Le quartier arménien était en flammes.
Des milliers de femmes et d'enfants clamaient leur
angoisse devant le péril imprévu. Les cris montaient
vers le ciel en même temps que les flammes, épaisses
et rouges, que l'on pouvait apercevoir d'une distance
de plusieurs heures.
Les uns, parmi la foule condamnée à périr par le
feu, se jetaient par la fenêtre pour être fusillés, les
autres devenus fous finissaient dans le brasier.
Tous devenaient la proie des flammes.
Fonds A.R.A.M