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LES TURCS ONT PASSÉ LA..
On n'entend rien sauf l'aboiement lointain de
quelques chiens et le susurrement plus lointain
encore des ruisseaux pleureurs. Mon compagnon me
propose soudain de sortir, car i l désirait avoir des
aventures.
J'eus un instant d'angoisse à la pensée qu'il n'était
guère propice de faire le courageux, et que les cir–
constances prêtaient à cette proposition originale un
caractère de folle témérité. Mais mon ami ignorant
les langues du pays aurait pu s'exposer à des mé–
comptes s'il ne comprenait par exemple l'ordre de
s'arrêter à l'appel du soldat. Et j'acceptai de l'ac–
compagner.
A peine étions nous sortis de l'hôtel, et avions-nous
franchi quelques jardins, évitant la grand'rue, que
nous entendîmes le bruit des bottjs d'un soldat
venant derrière nous. Et aussitôt une voix s'élève :
Dourr ! !
(
arrête).
Je retins par la main mon compagnon qui s'obsti–
nait à continuer son chemin.
Kim o
?
crie le soldat d'une voix vibrante que
l'écho répète.
Et i l vient vers nous, baïonnette au clair.
Nous lui expliquons que nous sommes des étran–
gers. Après s'être rendu compte que nous n'étions
pas des agitateurs, i l nous fit avancer sous sa garde
et nous confia plus loin à un autre soldat, lequel à
notre vue s'était également empressé d'épauler son
fusil en criant :
Dour! Kim o P
Et rentrés à l'hôtel, nous passâmes la nuit sur le
seuil de la porte, à écouter le récit que nous faisait
un témoin oculaire des horreurs sanglantes et de tous
Fonds A.R.A.M