L E S T U R C S O N T P A S S É L A .
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jeunes gens arméniens (ce qui est incroyable), ainsi
que des musulmans ignorants qui par intérêt étaient
partisans de la détestable tyrannie, avaient augmenté
leur audace. Ceux qui cherchaient à annihiler l'in–
fluence des autorités pour servir des buts particuliers
à eux-mêmes ont voulu profiter de la méfiance de
l'opinion publique ; de là provient l'irrégularité
administrative d'où pouvait découler toute sorte de
mal, et voici comment le 27 mars, un vendredi, un
Arménien tue deux musulmans en les blessant, pour
une question de femme. Les autorités ne s'inquiètent
pas de trouver le coupable. Les parents et alliés des vic–
times vont au gouverneur et le menacent en disant :
«
Si vous ne pouvez pas dénicher l'assassin, laissez-
nous agir, nous ferons le nécessaire. » Le gouverneur
par sa patience et son silence démontre son i n –
capacité. Les musulmans invitent en l'insultant le
gouverneur pour qu'il remplisse son devoir; par ces
moyens on espérait surexciter le parti qui était contre
le gouverneur et obliger Djévad Bey à se retirer.
La faiblesse du gouverneur allant crescendo,
l'émotion augmenta encore et la populace s'arma. Cet
état dura trois jours dans la ville ; le lundi 10 mars,
un certain Karakeussé Oglou Mahmoud, avec quel–
ques acolytes déchargent plusieurs coups d'armes
dans les quartiers. Quand la police arrive pour les
arrêter, on l u i répond qu'un arménien avait tué deux
islams. Là-dessus les tireurs se retirent dans leurs
maisons et déchargent encore leurs armes. Le
31
mars, mardi, vers deux heures du soir (à la
turque), la populace s'amasse autour du palais du
gouverneur et fait des démonstrations, en prétextant
que du côté des vignobles quatre islams ont été tués
Fonds A.R.A.M