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L E S T U R C S O N T P A S S É L A . . .
mitiés. Né pour la lutte, i l ne craint ni la parole ni
les disputes. S'il fallait venir aux mains, oh! alors,
il faudrait une douzaine d'hommes bien bâtis vis-à-vis
de l u i . I l est terriblement fort au physique, i l soulève
un homme par l'index seul ; à la prison i l jonglait
avec les codétenus et les amusait bien.
Assaf Bey, le fameux gouverneur de Djebel-Bere-
ket, avait inventé une fausse nouvelle et avait parti
culièrement télégraphié à une centaine de villages de
sa circonscription «
que Gueukdèrèlian
arrive,
arri–
vait
ou
arrivera,
etc., etc.,
avec 1.500, 2.000, 3.000
cavaliers pour détruire les villages
»
et avait ainsi
fomenté une sédition, un soulèvement parmi l'islam
contre les arméniens,
qui devaient arriver
(
dans
l'imagination même de ces gens)
sous les ordres du
général en chef Gueukdèrèlian
.
C'est ainsi qu'Assaf
Bey a armé les villageois et a fait mettre en ruines
une contrée aussi fertile que prospère ; i l n'a pas
laissé un seul arménien vivant, sauf ceux qui ont pu
s'échapper par miracle vers Sueïdié et le Liban ou
bien se réfugier à bord des navires étrangers. Ce
grand fauteur Assaf Bey s'est vu légèrement con–
damné tout au plus à 4 ans de repos sans emploi
gouvernemental (et ce après plusieurs réclamations
et protestations du Patriarcat arménien), i l s'amuse ac–
tuellement en Europe ou ailleurs. Tandis que Gueuk–
dèrèlian est condamné de son côté à trois ans d'exil,
sous l'allégation mensongère d'avoir été l'une des
causes principales des tristes événements d'Adana.
Tout le monde est d'accord en Cilicie pour confir–
mer avec le Catholicos arménien, que Gueukdèrèlian
avait quitté Adana deux jours avant le commence–
ment des premier» massacres ( 1 " avril) ot qu'il se
Fonds A.R.A.M