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L E S T U R C S O N T P A S S É L A . . .
de décharger des armes et demandent des secours
immédiats. Les soldats arabes qui étaient déjà tout
prêts marchent contre la maison de M . Samuel et la
criblent de balles.
Pendant la défense acharnée de la place où tant
d'Arméniens devinrent des victimes innocentes, un
certain soldat d'Alep, Mehmed Tchaouche, reçoit une
balle à son tour. Voilà la cause unique et simple de
la condamnation de M . Samuel.
Aussitôt que ce soldat tombait, la populace mettait
le feu à la villa Samuel. Les flammes carbonisèrent
des centaines d'Arméniens qui s'y étaient réfugiés
venant des alentours, ainsi que M'
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Avedissian et
trois de ses enfants. Quant à M . Avedissian, i l avait
pu se sauver par miracle avec une de ses filles, à tra–
vers les balles et les flammes. En route la demoiselle
avait été enlevée par des turcs ; quant à M . Samuel,
ce malheureux, en fuyant les balles, avait dû errer
pendant huit jours, à travers monts et vallons et i l
était tombé enfin dans une fosse, à demi-mort de faim.
On le trouva dans cet état et on l'amena à Adana.
Voilà l'histoire de M . Avedissian et voilà pourquoi
i l fut emprisonné et condamné
Tout est admis–
sible, après une pareille sentence
En outre, on a fait endurer beaucoup de souf–
frances à M . Avedissian. Au moment de son arresta–
tion, on l u i a lié les deux mains au dos avec une
corde forte, ensuite on l u i a passé la chaîne. Ce qui
est le plus curieux, c'est qu'il est accusé d'avoir tué
un soldat, l u i qui n'a jamais touché à une arme durant
toute sa vie ; et voilà pourquoi i l disait justement
dans sa prison : « Plût à Dieu que je fusse la proie
dès flammes comme ma femme et mes enfants et que
Fonds A.R.A.M