166
LES TURCS ONT PASSÉ LA.
les hommes virils des villages d'Abdi-Oglou et de
Missis et du bourg de Ghayirli, ainsi que ceux
demeurant dans les fermes des environs d'Adana.
Or, nous venons d'apprendre qu'au lieu de condam–
ner ces gens à mort on se contenterait de leur infliger
provisoirement la peine des travaux forcés.
Si cette nouvelle se réalise, le séjour des chrétiens,
tant à Adana que dans ses dépendances, deviendrait
impossible; ils se trouveraient alors dans la triste
obligation de quitter leur pays. Des musulmans
ayant massacré 40-50 chrétiens à la fois sont punis
très légèrement.
Des scélérats dont les crimes se trouvent ample–
ment prouvés, constatés par les dépositions de nom–
breux témoins honorables, sont laissés libres de toutes
poursuites. Des assassins qui massacrèrent et ruinè–
rent complètement les chrétiens dans les dépendances
d'Adana, sont mis petit à petit en liberté.
Ce serait jeter de la poudre aux yeux que d'expo–
ser, dans la cour du Konak, quelques lambeaux de
vieilles hardes et de misérables morceaux de cuivre
brûlés, fondus, pour faire croire qu'on retourne les
objets trouvés, alors que les biens saccagés des chré–
tiens sont gardés par les musulmans. Des islams,
qui mendiaient dix paras dans la rue, sont devenus
possesseurs de grands magasins de commerce et
vivent aisément ; par contre, les riches commerçants
et les banquiers chrétiens sont restés sans abri, sans
maison, sur la paille, et vivent moyennant des secours
et la charité publique.
Pour dénicher les auteurs des massacres et les
vrais agitateurs, la Cour Martiale aurait dû recourir
à d'autres moyens que celui de réclamer des témoins
Fonds A.R.A.M