A P R O P O S D U T H É Â T R E A R M É N I E N
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puisé à l a v i e des Arméniens de Constantinople.
A r t i n Agha est u n commerçant enrichi, q u i a
épousé une femme aux idées de grandeur et q u i
ne tarde pas à se lasser de la vulgarité de son
ma r i . Elle a une fille à laquelle elle f a i t donner
une éducation bourgeoise. L a jeunette sait p i a –
noter, dessiner, danser; elle parle français en
plus de sa langue maternelle.
Le père de la jeune fille a l ' i n t en t i on de la don –
ner en mariage à un commerçant comme l u i , q u i
est déjà d ' un âge mûr. Par contre, l a mère des–
tine sa fille à u n avocat, ou à u n médecin, ou à
un écrivain. E l l e n'est pas très fixée sur le choix
de son f u t u r gendre. Mais elle n'en donne pas
moins des soirées, où elle i nv i t e des poètes, des
artistes, des médecins, des avocats. On danse,
on d i t des vers, on f a i t de la musique. Comme
bien vous le pensez, ces soirées déplaisent souve–
rainement à A r t i n ; i l a l'air t o u t à fait gauche et
i l fait continuellement des impairs, au grand
désespoir de sa femme.
Les discussions entre M
m e
A r t i n et son époux,
relatives aux bonnes manières, sont aussi f r é –
quentes que cocasses. Aussi finit-elle par donner
des soirées à l ' i nsu de son ma r i , c'est-à-dire aussi–
tôt que, bourgeoisement, i l est allé se coucher.
Fonds A.R.A.M