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TROIS CONFÉRENCES SUR
L
'
A R M É N I E
Une des scènes les plus touchantes est celle où
l'on v o i t l'intérieur de la grande maison paysanne
arménienne. Nazê chante l'aurore en berçant son
enfant; elle chante mélancoliquement cette ber–
ceuse, que je me plais à vous traduire, malgré
toutes les imperfections que présentera ma t r a –
duc t i on au regard de la phrase harmonieuse et
cadencée d ' Aha r on i an :
Dors, mon chéri; fais dodo; sommeille.
Ne pleure pas; j ' a i beaucoup pleuré, moi.
Les grues aveugles, endeuillées et en pleurs,
Vinrent passer par notre ciel noir.
Ah ! dans nos montagnes, elles devinrent, aveugles;
Ne pleure pas, t o i ; moi, j ' a i beaucoup pleuré.
Le vent gémit dans les noires forêts;
Mon chéri, c'est le deuil du décédé abandonné.
Les décédés abandonnés et sans sépulture sont nom–
breux; toi, ne pleure pas...
Chargée de pleurs, la caravane passa,
S'agenouilla dans le sombre désert et y resta.
C'est la peine et le malheur de notre pays, ne pleure
pas...
J'ai enfilé des perles et je les ai attachées à ton ber–
ceau
Contre le mauvais œil de notre méchant ennemi.
Dors et croîs. Fais vite! mon chéri. Ne pleure pas, toi...
Fonds A.R.A.M