interroger le propriétaire qui se défendait d'avoir des ékran-
gers chez lui , prétendant qu'il était seul à habiter la içâtéon.
Pendant les visites, sa feiùme portait mon ehfaftl^dan
ses bras. Les choses se compliquèrent lorsqu'elle accoucha
à
son tour. Un jour que l'agent était là les deux enfants se
mirent à pleurer en
jx
^me temps. L a dame réussit
à
étouffer
la voix du sien sous
tme
couverture, maisTautre continuait
à crier à tue-tête. « C'est étonnant comme votre bébe
à 15
voix forte », fit-il observer.
Par bonheur, nous ne manquions pas d'argent. Je recevais
des secours d'une sœur et de quelques cousines établies en
Amérique. J'en recevais aussi de Constantinople et les res–
sources qui nous étaient ainsi fournies nous permettaient de
faire lace aux frais extraordinaires qu'une telle situation
exigeait. L a grande majorité de ceux qui ont impunément
traversé cesindescriptiblespersécutions le doivent aux secours
venus d'Amérique,
Plus mon Dolorès grandissait, plus il devenait ua danger
pour la maisftn. Pour ne pas compromettre plus longtemps
la sécurité des parents, je résolus de m'éloigner. A cet effet
je m'adressais à un personnage d'Alep, celui qu'on appelle
«
le grand Baron », un Arménien, dont le dévouement excep–
tionnel à la cause des déportés vaut d'être signalé. On ne
compte point le nombre de jeunes filles qu'il parvînt, grâce
à l'influence qu'il exerçait dans tous les milieux, à arracher
des grifles du persécuteur turc. J'ai vu dans les bras de sa
femme un beau bébé qui était l'objet de ses soins et de sa
tendresse. On l'avait trouvé près de l'église, aux pieds de sa
mère, morte dans les douleurs de l'enfantement. « Le grand
baron » l'avait adopté.
Fonds A.R.A.M