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cette assimilation. Les derviches étaient dans le prin–
cipe des individus qui se dépouillaient volontairement
de leurs biens pour les consacrer au soulagement des
pauvres.
Derviche,
suivant l'étymologie persane, est
synonyme de mendiant (1); en sorte que le même mot
désigna à la fois le pauvre de profession et celui qui,
pour lui venir en aide, se réduisait lui-même à la pau–
vreté.
Le khalife A l i fut le premier, chez les musulmans,
qui donna l'exemple de cette renonciation volon–
taire aux biens de ce monde, non point, comme
on pourrait le croire, par esprit de pénitence, mais
pour accomplir à la lettre cette maxime du Coran :
le meilleur des hommes est celui qui se rend utile à ses
semblables.
Son exemple entraîna un certain nombre
de Musulmans, qui formèrent une association, dont Ali
devint le chef. On les appela
safashabi,
de l'adjectif
arabe sa/î, (pur), afin d'exprimer la pureté de leur
vie et sa conformité à la loi morale du Coran. Peu à
peu , cependant, les derviches se départirent de leur
premier mobile : attirés par les charmes de la vie
contemplative, à l'exemple des solitaires de l'Inde et
de la Grèce, ils substituèrent à la pratique de la bien–
faisance le délire de l'état extatique, et commencèrent
à s'isoler du reste de la société. Bientôt, ils se réuni–
rent en communautés, qui adoptèrent des pratiques,
les unes austères, les autres bizarres ; et c'est alors
que, sous la double influence de la règle et du mysti–
cisme qui se développa de plus en plus au sein des
derviches, ils prirent le caractère qui les a fait com–
parer à nos ordres religieux.
(1)
Derviche ,
du subst.
dèr (nnvte )
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Fonds A.R.A.M