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mais de position, dans un pays où i l n'existe ni stabi–
lité, ni privilèges d'aucune sorte, est, par sa nature,
opposé à toute idée de réforme. La réforme, en effet,
serait la ruine, l'anéantissement de sa puissance. Du
jour où la civilisation aura pénétré en Turquie, où les
préjugés, qui déjà ont perdu de leur empire, seront
tout à fait vaincus, où l'ignorance, fondement et auxi–
liaire de toutes les tyrannies, se sera dissipée, où cha–
que Musulman sera assez instruit pour accomplir, de
lui-même, les devoirs de sa religion, sans l'interven–
tion de l'ulèma, que deviendra la société religieuse
en Turquie ! Et, ce n'est pas seulement le pouvoir spi–
rituel de la mosquée qui est menacé : son patrimoine,
le domaine de saint Pierre de l'islam, l'est également.
La perte de ses revenus suivra nécessairement la
chute de ses privilèges. Quand le tanzimat sera par–
tout appliqué., que les fonctions judiciaires, au lieu de
constituer à la fois un privilège et un monopole de
l'ulèma, seront assimilées aux autres services de l ' E–
tat et salariées par l u i , que deviendront ces gains énor–
mes que les cadis retirent des procès? Que deviendront
(
car les innovations s'appellent les unes les autres, et
déjà l'on s'occupe d'étendre et de généraliser l'impôt),
que deviendront ces vacoufs, qui forment plus dos deux
tiers delà propriété foncière en Turquie, et qui profi–
tent à la mosquée sans rien rapporter à l'Etat? N'y
a-t-il pas à craindre qu'ils ne soient réunis au do–
maine public, ou, tout au moins, assimilés au reste de
la propriété, et soumis à la loi générale de l'impôt ?
Telle est la véritable situation de la question pour
les ulémas. Ils le savent, aussi font-ils tout ce qu'ils
peuvent pour retenir l'autorité qu'ils sentent leur
échapper. Ils y parviendraient sans doute plus sûre–
ment, si, au lieu de contrarier l'élan de la Turquie
vers la civilisation, ils se mettaient à la tête du mou–
vement
pour le diriger. Mais i l est dans la nature de
Fonds A.R.A.M