120
RAPPORT DU D
r
LEPSIUS
«
A peine les Russes étaient-ils partis, que les Maho–
métans se mirent à voler et à piller. Fenêtres, portes,
escaliers, boiseries, tout fut enlevé. Plusieurs Syriens
(
Assyriens) avaient laissé là leur mobilier et leurs
provisions d'hiver et s'étaient enfuis. Tout tomba
entre les mains de l'ennemi. La fuite était le parti le
meilleur, car ceux qui restèrent eurent un triste sort.
15.000
Syriens (Assyriens) trouvèrent un refuge entre
les murs de la Mission où les missionnaires leur four–
nirent le pain : un lavache (pain azyme très mince) par
personne tous les jours. Des maladies se manifestèrent;
la mortalité atteignit le chiffre de 50 par jour. Dans les
villages, les Kurdes tuaient presque tous ceux qu'ils
pouvaient saisir. Six semaines durant, nous eûmes
comme garde un soldat ottoman. Le fait que je suis né
en Allemagne nous aida beaucoup, et personne ne nous
a touché un cheveu.
Dois-je raconter comment les Turcs avaient érigé une
potence dans une des rues principales près de la porte
de la ville, et y pendirent beaucoup de Syriens inno–
cents, et qu'ils en fusillèrent d'autres après les avoir
retenus longtemps en prison ? Je veux taire tous les
faits horribles. Parmi beaucoup d'autres soldats armé–
niens, ils en tuèrent un devant la porte et l'enfouirent
tout près du mur de la maison de M
1
I e
Friedemann,
mais si négligemment, que les chiens le déterrèrent en
partie. Une main restait tout à fait à découvert. Je pris
quelques pelles et nous jetâmes sur lui un nouveau
monceau de terre. Le jardin de M
I l e
Friedemann, pro–
priété de 1' « Orient Mission » allemande, fut ravagé par
les Musulmans, et les maisons en partie incendiées.
Nous avons salué avec joie les premiers Cosaques qui
reparurent après cinq mois.
On est de nouveau sûr
Fonds A.R.A.M