— 95 —
Mais i l y a eu réellement cette fois accès d'arméno-
phobie pa rmi les Tur c s et crise de fanatisme mu s u l –
man, dus aux causes multiples plus haut exposées,
et surtout à l'idée que l'islam serait, sous un ré–
gime c ons t i tut i onne l , à la me r c i de la chrétienté.
C'est ce qu i expl ique l'intensité particulière du
carnage de Ci l i c i e et le si grand nombre de v i c t i –
mes sur un espace relativement res t re i nt .
Au l endemain de cet attentat, la Porte faisait
transmettre par les agences à la presse d'Occident,
la dépêche suivante
1
:
Suivant un télégramme du gouverneur d'Adana, i l y
aurait eu dans toute cette province 1
,455
Arméniens
tués et
382
blessés, alors que les musulmans auraient
bien plus souffert et auraient eu 1
,924
tués et
533
blessés.
Plus t a r d , le gouvernement j eune - tur c a reconnu
q u ' i l y avait eu er reur : i l rectifia en avouant
5,249
Arméniens mor t s . Mais ce chiffre reste en–
core bien au-dessous de la vérité.
Laissons de côté les exposés des missionnaires
qui parlent couramment de 25 et 30,000 morts.
Vo i c i d'abord la déclaration faite à la Chambre
française, dans sa séance du 17 mai 1909, par M .
Pichon, mi n i s t r e des affaires étrangères :
I l serait difficile de fixer le nombre des victimes ;
d'après les communications qui ont été reçues par le
département des affaires étrangères, elles se sont éle–
vées à plusieurs milliers, peut-être vingt mille.
1
Le
Temps,
12
mai 1909. L a plupart des journaux publiè–
rent cette dépêche avec la mention : « de source officieuse. »
Fonds A.R.A.M