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Les Turcs et les Arabes qu i pénétrèrent dans le v i l –
lage, raconte M. T r owb r i d g e , avaient une telle soif de
pillage qu ' i l s en oublièrent de poursuivre l'arrière-
garde des chrétiens... Les p i l l ards finirent même par
se battre entre eux : dans les magasins de soie ce
furent des scènes particulièrement sauvages. Ils em–
portèrent aussi, avec une hâte fiévreuse, du bétail, des
mulets, des ustensiles, des vêtements, des chiffons,
puis i l s mi r en t le feu au v i l l age . . . I l s étaient si absor–
bés par le pillage, que dur an t cette première journée,
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Arméniens seulement f ur ent massacrés. C'étaient
pour la p l upa r t des v i e i l l ards et des infirmes.
Pendant ce t emp s 5000 êtres huma i n s abandon –
nan t les v i l l a g e s , gagna i en t les hau t eur s et de là
r ede s c enda i en t à t r a v e r s les g o r g e s à Ka l a d o u r a n ,
au b o r d de la me r .
Les détails de cette fuite sont épouvantables, écrit
M . Léopold Favre. Dans une des maisons un peu à
l'écart, les habitants se sont vus entourés par les Turcs ;
une jeune femme d i t à son mari : « Tue -mo i , que je ne
tombe pas entre leurs mains » ; et le malheureux à
moitié fou la tue ; sa jeune sœur assistait à cette scène,
et a été presque folle jusqu'à ces derniers temps. Dans
une autre maison, un père resté auprès de sa fille ma –
lade fut brûlé avec elle... Un groupe de femmes qu i
avait erré toute la journée rencontrèrent le soir un vieux
Tu r c et se jetèrent à genoux en c r i ant : « Ne nous tuez
pas ». I l les rassura et l eur ind i qua une grotte, où elles
purent se cacher ; mais une bande de Turcs passa et
s'arrêta tout près ; i l s commencèrent à se disputer pou r
le b u t i n . Un enfant d'une femme arménienne, âgé de
dix j our s , se mi t à crier. Les autres femmes, affolées, l u i
disaient : « Fais-le taire ou nous sommes perdues ». Au
bout d ' un moment le petit s'était t u . Le l endemain ma -
Fonds A.R.A.M