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Sur les collines, ce furent des scènes déchirantes.
Les maris ne pouvaient se détacher de leurs femmes...
Mais i l était encore possible que les femmes et les en–
fants fussent épargnés, tandis que le seul espoir des
hommes était dans la fuite. Ils s'en allèrent par grou–
pes dans les montagnes, vers Marache et lslahié. Les
femmes de leur côté cherchaient à s'éloigner le plus
possible de leur village. Pour la plupart, ces malheu–
reuses avaient autour d'elles toute une marmaille. Fem–
mes et enfants errèrent, durant deux jours et deux
nuits, sur les collines, craignant surtout pour les j eu –
nes filles. Elles se barbouillèrent la figure de boue
pour se donner un aspect répugnant. Enfin, sur la pro–
messe d'être protégées, elles gagnèrent Bagtchè avec
leurs enfants. Là, on les enferma dans l'église, où elles
étaient si serrées les unes contre les autres que, pen–
dant plusieurs jours, elles durent se tenir debout. Elles
étaient affamées. De temps en temps on leur don–
nait un peu de pain. Trois fois on tenta de mettre le
feu à l'église où elles étaient parquées, et la nuit les
soldats rôdaient tout autour, cherchant à enlever
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les
jeunes filles.
Quant aux hommes, plus de 300 furent abattus
sur les collines, dans les bois, dans les grottes,
où les Kurdes les avaient poursui v i s pendant
quinze j o u r s . I l ne reste guère d'hommes valides
à Hassan-Beylik.
La femme du prêtre arménien protestant a perdu
son mari, ses deux fils, ses quatre frères et de nom–
breux autres parents... Hier 13 j u i n , les veuves et les
orphelins ont gagné la montagne pour enterrer leurs
morts. Ce furent des scènes de désespoir indescrip–
tibles. Une femme était là, entourée de ses quatre brus,
toutes veuves, et de ses petits enfants, tous orphelins,
Fonds A.R.A.M