— 74 —
...
Tozjian et son fils Samuel offrirent à un agha
80
L . t . pour avoir la vie sauve. 11 p r i t l'argent et les
hébergea pendant deux jours. Puis i l essaya de les
convertir. Ils refusèrent ; i l les tua. Pour le même mo–
t i f , Agopian et son fils Avedis eurent le même sort...
Pendant deux semaines nous avons dû errer dans la
montagne, sans autre nour r i tur e que des herbes et
des racines. En f i n , le D
r
H. Sheppard et des A l l e –
mands sont venus nous chercher et ndus ont conduits
à Marach. Durant le trajet, notre caravane devait à tout
instant s'écarter de la route, obstruée de cadavres.
C'était ceux de plusieurs centaines de villageois venus
de l o i n pour travailler dans la plaine... Dans les rues
mêmes de Kharnè, i l y avait des tas de cadavres que
les pillards avaient dépouillés et laissés tout nus.
D'autres Turcs survenaient qui les frappaient du pied
en jurant : « O giaours éhontés, comment osez-vous
vous montrer ainsi ».
A Kharné, sur 190 Arméni ens , homme s va l i des ,
9
ont survécu. Six j o u r s après la bouche r i e , 7 j e u –
nes gens q u i redes cend i rent de la montagne en
toute confiance f ur en t aussitôt arrêtés et décapités
sur un b i l l o t .
Dans cer tains récits, on relève des passages
d ' un laconisme saisissant. Une j eune fille dé c r i –
vant à une de ses amies la de s t ruc t i on de ce même
v i l l age de Kharné, d i t :
J'ai cherché en vain le corps de mon frère Manough.
Je n'ai trouvé que sa tête... Toute ma famille a péri,
tous nos biens sont entre les mains des Turcs...
Nous nous précipitions dans les maisons des nota–
bles turcs, mais leurs femmes nous fermaient i mp i –
toyablement la porte.
Fonds A.R.A.M