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routes, ont partagé le sort de la population séden–
taire. Dans le district de Harpout, où grâce aux
mesures prises par le vali, l'ordre n'a pas été t r ou –
blé, i l manque 1000 hommes. Dans le district de
Marache, où on a relativement peu tué, 700, la
plupart égorgés dans la plaine ; dans le même cas
se trouve la région de Hadjine, où l'on a compté
plus de 1500 morts. De petits villages, où pas un
coup de fusil n'a été tiré, sont restés sans un
homme valide. C'est ainsi, qu'entre Césarée et
Sivas, à plusieurs kilomètres delà scène du drame,
Gueremek a perdu 250 hommes, Chefrine 100,
Bourhan 50. Au sud, dans le vilayet d'Alep, cinq
villages, qu i , grâce à la présence des navires de
guerre européens dans la baie de Suedièh, n'ont
été ni pillés ni même attaqués, ont perdu 97 hom–
mes, tués à coups de hache dans une forêt ; 61 au–
tres ont disparu. On pourrait citer bien des cas
semblables, dont i l convient de tenir compte quand
on calcule le nombre de vies humaines qui ont été
fauchées. Nous pouvons donc être sûrs de ne pas
exagérer en adoptant le chiffre minimum de
20000
Arméniens tués et brûlés, entre le 14 et
le 30 avril. Mais la lugubre nomenclature ne s'ar–
rête pas là. I l faut encore y inscrire tous ceux qui ,
ayant échappé aux meurtriers et aux incendiaires,
ont succombé plus tard à leurs blessures, à la
famine et surtout aux épidémies qui éclatèrent
dans les villages infectés par l'odeur des cadavres,
dans les camps où étaient concentrés les s u r v i –
vants.
Fonds A.R.A.M