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Entre les deux totaux concernant les Arméniens
tués, l'écart est énorme. Celui de Babikian se rap–
proche à peu de chose près, — i l se trouve même
au-dessous — du chiffre approximatif donné par
M . Pichon, de la statistique du patriarcat armé–
nien, de l'évaluation sommaire du consul anglais,
des calculs des missionnaires. Youssouf Kemal a
relevé 5153 Arméniens pour les deux vilayets : or,
rien que dans la vi l le d'Adana, i l y a eu entre le
premier et le second massacre plus de 5000 Ar –
méniens tués et brûlés. Et malheureusement i l
faut bien admettre que les morts atteignent au bas
mot le chiffre de 20,000.
Pour établir ce bilan approximatif, i l ne faut pas
se borner aux relevés faits dans les centres, villes
ou villages, où l'on a massacré. I l y a bien des
localités, proches ou même éloignées du vilayet
d'Adana, qui n'ont point été atteintes et qui pour–
tant furent très éprouvées. Au printemps, de tous
les points de l'Anatolie descendent par mi l l iers
dans la plaine cilicienne les ouvriers arméniens,
que les travaux des champs y attirent. En avril
dernier, i l y en avait plus de 15000, occupés pr in–
cipalement au sarclage du coton: i l en était venu
même de Sivas, de Baïbourt et d'Erzeroum. Beau–
coup d'entre eux, surpris dans les fermes, dans
les champs, dans les auberges, sur les grandes
Fonds A.R.A.M