était bien entendu vouée à l'échec. Conscients de la faiblesse
de l'Arménie, les Turcs insistent sur la conclusion rapide d'un
traité à leurs conditions. Le médiateur soviétique Mdivani
arrive à Alexandropol sans Legran, que les Turcs taxent
d'« arménophilie ». Ils obtiennent qu'il soit écarté des pour–
parlers, et les Arméniens ne peuvent s'opposer à cette
demande. Manifestement, les Turcs se méfient de l'ingérence
russe qui risque de contrecarrer leurs appétits démesurés. I l ne
reste à Mdivani qu ' à faire de la propagande anti-dachnak à
Alexandropol et à Kars, et i l ne s'en prive pas.
Le recours, fin novembre, à la Société des Nations pour
arrêter l'invasion turque qui viole le traité de Sèvres se traduit
par une série de discours en faveur de l'Arménie, mais aucune
action n'est envisagée. L'intervention généreuse du délégué
roumain Jonnesco qui présente une motion demandant la
constitution d'un corps expéditionnaire de 40
000
hommes
pour « établir l'ordre et la tranquillité en Arménie » n'est pas
retenue (87). Le
19
novembre, Khatissian demande à Stokes
que celui-ci, en tant que représentant britannique, participe
éventuellement aux pourparlers avec les Turcs. La réponse du
Foreign Office le
29
novembre est lapidaire : « I l est évident
que nous ne pouvons prendre part à un accord quelconque
avec les kémalistes, mais nous comprenons que l'Arménie n'ait
pas d'autre choix. L'accord avec la Russie est sans doute la pire
des solutions
(88).
»
Privé de tout appui extérieur, hostile à
l'intervention des troupes rouges, le gouvernement d'Erevan
est résigné : le
2
décembre
1920,
sa délégation signe le
désastreux traité d'Alexandropol par lequel, outre l'abandon
de la moitié de son territoire, i l renonce au traité de Sèvres.
C'est l'épisode le plus sinistre de la brève histoire de la
République
(89).
(87)
A . M . A . E . F . , Russie-Caucase, 653, dos. 1, P 87.
(88)
Kouznetsova
(132),
p. 146.
(89)
Dans son livre
L'Indépendance
de l'Arme'nie,
Vratsian qui ne rapporte aucun
détail sur les entretiens Stokes-Khatissian, note seulement au sujet de la réponse de Sto–
kes : « Il ne reste aux Arméniens q u ' à accepter la moins mauvaise solution,
s'entendre
avec la Russie soviétique
(
p. 436). Par contre, Khatissian, dans son livre
Naissance et
développement
de l'Arménie
(39),
cite la réponse de Stokes ainsi : « Le moindre mal est
de s'entendre
avec les kémalistes
(
p. 254). » Cette dernière version est confirmée pat
Kharmandarian (129), p. 46, qui la cite d'après la copie du télégramme du Foreign
Office, conservée dans les archives de la R.S.S. de Géorgie.
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Fonds A.R.A.M