situation paraît très floue, mais je suis persuadé que nous en
sortirons soit en maintenant la paix — et nous ferons tout pour
cela — soit en faisant la guerre qui nous sera imposée. Nous
devons considérer cela calmement — une guerre à la périphérie
lointaine, avec un rapport des forces en notre faveur, nous
procurera vraisemblablement plus d'avantages que ceux ob–
tenus dans la guerre avec la Pologne (84). » Mais les Soviets
n'auront pas à intervenir directement contre les Turcs et
choisiront la voie des négociations. Seule une menace sur
Bakou, dont Lénine demande d'ailleurs que l'on fortifie les
accès, peut le décider à recourir à des mesures extrêmes.
Le 23 novembre, jour de la constitution du nouveau
gouvernement, une délégation arménienne conduite par
Alexandre Khatissian et comprenant Abraham Gulkhanda-
nian et Vahan Minakhorian se rend à Alexandropol pour
engager des pourparlers avec les Turcs, représentés par Kiazim
Karabekir et Hamid bey. Ce même jour, Vratsian reçoit Legran
et Mdivani, arrivés le 20 novembre de Tiflis. Sans ménage–
ment, Vratsian demande à Legran : « La Russie peut-elle nous
aider ? Si oui, avec quoi et comment ? » La réponse de Legran
est aussi directe : « Rappelez la délégation Khatissian, refusez
les exigences turques et laissez entrer l'Armée rouge pour
placer les Turcs devant le fait accompli. » Ces mesures
paraissent insuffisantes à Vratsian : « L'Armée rouge est loin,
elle ne pourra arriver à temps pour arrêter l'avance turque sur
Erevan (85). » Citons à ce propos l'observation faite le 18
novembre par Legran à Bekzadian et transmise par ce dernier à
Ohandjanian : « Vous vous refusez toujours à accepter des
propositions raisonnables, et vous êtes prêts à en accepter plus
tard d'autres plus désavantageuses (86). »
A la première séance de la conférence, le 25 novembre, les
Turcs exigent la dénonciation par écrit du traité de Sèvres. Les
Arméniens rétorquent en demandant un débouché sur la mer
et le rattachement d'une partie du vilayet de Van et du sandjak
de Bayazid à l'Arménie orientale. Une telle approche diplo–
matique, sans rapport avec l'équilibre des forces en présence,
(84)
Lénine (135), vol. 3 1 , p. 31.
(85)
Vratsian (59), p. 123.
(86)
I n
Banber,
III/1967, doc. 48, p. 82.
146
Fonds A.R.A.M